Marsh Mallow, chapitre 5

- Nous ne pouvons pas aller à Casablancar, cela nous prendrait trop de temps et nous ferait sans doute perdre beaucoup d’hommes !
- Et que proposes-tu d’autre ?
- Moi, je sais, je connais un endroit où sont cachés plusieurs rebelles, ennemis du maire !
- C’est loin ?
- Assez, c’est dans une grotte près de la côte, à quelques jours d’ici.
- Très bien, mais qu’allons nous faire après ?
- On pourrait attaquer directement la prison, c’est le premier samedi du mois, ils doivent tous être au marché !
- Ca c’est un bon plan ! La baston, il n’y a que ça de vrai !
Le nain leva le poing en signe de victoire, les habits toujours maculés de sang. Marsh donna donc ses ordres, et le bateau partit vers la grotte des rebelles.

***
- Je croyais que ce n’était pas très loin !
Le navire voguait déjà depuis trois jours, et les provisions s’amenuisaient. Le capitaine avait dû instaurer un quota de nourriture par personne, mais celui-ci était presque épuisé. Les membres de l’équipage erraient sur le bateau, affamés et assoiffés. Soudain, l’un des hommes accourut vers Marsh, l’air épouvanté.
- Capitaine ! Capitaine ! Venez vite !
- Eh bien ! Qu’y-a-t-il, garçon ?
- Il faut le voir pour le croire !
L’équipage s’avança à la proue, regardant le point indiqué par le matelot. Là, sur un rocher au milieu de l’océan, un petit crabe rouge chantait.
« Le roseau est toujours plus vert dans le marais d’à côté, … »
Marsh prit sa tête dans ses mains.
- Compagnons, nous sommes soumis à une hallucination due à la fatigue et au manque de nourriture. N’y prêtez pas attention, nous arrivons bientôt…
- Capitaine ! C’est ici, je reconnais ! La grotte est derrière ce pan d’algues !
- Vous voyez, il faut être optimiste !
Il s’avança complètement à l’avant du navire, et cria :
- Qui que vous soyez à l’intérieur de cette grotte, faites nous entrer !
- C’n’est pas la peine d’hurler, ils sont là-haut.
- C’est amusant que ce soit toi qui me dises de ne pas hurler, « Hurlement du nain » !
- Très drôle !
Au-dessus d’eux étaient en effet postés deux archers maigrelets.
- Qui êtes vous ? Que venez-vous faire ici ?
- Nous sommes des ennemis d’un bureaucrate éléphantesque, et vous ?
Pour toute réponse, le pan d’algues s’ouvrit. Le navire entra dans la grotte, suffisamment grande pour l’accueillir. Les corsaires descendirent, et furent accueillis par un homme au faciès inquiétant. Un bandeau lui ceignait les cheveux, et un énorme anneau pendait à son oreille, source d’une cicatrice lui traversant le visage. Il était entouré par une quarantaine d’hommes, d’allure misérable, mais guerrière. Il s’avança en boitant :
- Les ennemis de mes ennemis sont mes ennemis.
- Pardon ?
- Désolé, le pessimisme, tout ça… Vous êtes donc des adversaires du maire de la ville de Carcasar. Bien, très bien… Je suppose que vous allez nous demander de vous accueillir, de vous nourrir, puis vous partirez comme la plupart des voleurs de votre genre…
- Mais pas du to…
- Allez, allez, je ne suis pas tout jeune, et j’ai une expérience des truands assez…
Khazadrine le saisit par le col, sortant ses griffes. Les hommes dégainèrent leurs armes, l’air menaçant.
- Maintenant écoute moi bien, tafiole. Nous avons besoin de toi et tes hommes pour délivrer nos amis de la prison de Carcasar, et nous vous offrons la possibilité de vous venger de manière exemplaire du proboscidien.
- Du quoi ?
- Du gros lard, imbécile !
L’homme se dégagea, et prit la parole de sa voix grave :
- On m’appelle Garnac.
- Moi, on m’appelle Pioche !
- Quoi ?
- Eh ben, y’a pelle, pioche… Bon, laisse tomber !
- Je suis le capitaine Marsh Mallow, et voici mon équipage. Nous avons besoin de vous pour secourir nos amis, et éliminer le maire, par la même occasion.
- Très bien, mais je vous préviens, je n’ai pas l’habitude d’être dirigé, et mes hommes n’accepteront qu’un seul chef, moi.
- Vous aimeriez vous en convaincre !
- Pardon ?
- Je disais : vous allez enfin le vaincre, le maire, hum ?
- Ah, je pensais avoir compris autre chose. Et sinon, vous aimeriez quelque chose d’autre ?
- Ouais, quand est-ce qu’on mange ?
Tous les regards convergèrent vers le nain, qui se mit à rougir fortement sous sa barbe.

***
Les marins restèrent une journée dans la grotte, faisant connaissance avec leurs futurs compagnons d’armes. Marsh apprit que Garnac était en réalité un oriental expert à l’arc et au combat à l’arme blanche. Il dirigeait un certain nombre d’hommes, avant d’être capturé et vendu comme esclave du maire de Carcasar. L’humiliation avait été si grande qu’il s’enfuit, et dirigea l’armée des rebelles. Celle-ci était maintenant en grand préparatif, chargeant la nourriture et les armes à bord du bâtiment. Ils partirent à l’aube, en direction de la ville. Le voyage fut chargé d’une lourde atmosphère, les deux capitaines rivalisant d’autorité vis-à-vis de leurs hommes.
Finalement, la ville apparut, au bout d’un voyage de trois jours. La prison était à une centaine de mètres, et le conseil du navire se réunit. Y étaient présents Marsh, Khazadrine, Aboubou, Stormwen, ainsi que Garnac et son second, un homme taciturne aux cheveux gras. Ils étaient en train de décider d’un plan d’action concernant l’attaque de la prison, lorsqu’un cor sonna. Ils sortirent tous de la cale en courant, et purent apercevoir deux vaisseaux sortir du port. A leurs bords, de nombreux hommes étaient préparés pour partir au combat, les armes levées en signe de victoire.
« Les ennuis commencent », souffla Marsh.
Le nain se frotta les mains :
- Chic, chic, chic ! Du gibier !
- Tout le monde sur le pont ! Branle pas l’compas !
- Pardon ?
- Branle-bas-le combat ! Aux balistes ! Arbalétriers, en position !
Les corsaires et rebelles s’affairaient. Ils allaient devoir affronter leurs adversaires sur les deux fronts du navire, selon une méthode d’encerclement. Chaque lieutenant préparait ses troupes. Marsh et Aboubou se réservaient les arbalétriers, Khazadrine ses corsaires porteurs de petits boucliers ronds. Garnac dirigeait ses gaffiers rebelles, tandis que Stormwen et ses ravageurs aiguisaient leurs lames en silence, sous le ponton. Les deux bâtiments ennemis s’approchaient à vive allure, s’éloignant du port.
- Je ne sais pas qui est leur tacticien, mais c’est surement un elfe ! Ils seraient bien plus forts près de leurs troupes terrestres !
- Moi, j’aimerais savoir qui les a prévenus de notre arrivée…
- Une intuition peut-être…
- J’en doute…
Le capitaine posa un regard sombre sur Garnac, qui était lui-même fort occupé à lancer des coups d’œil furtifs sur Stormwen. Ce prétendu chef allait devoir être remis à sa place, mais Marsh avait des choses plus importantes en vue pour le moment. En effet, les navires s’étaient arrêtés, à bonne distance des fugitifs. Plusieurs points enflammés apparurent alors dans le ciel, tandis qu’une nuée de flèches assombrissaient ce dernier.
- Des archers ! Tous à couvert !
- Alors, ce tacticien elfe ?
- N’empêche qu’il est trop près, et je m’en vais lui montrer rapidement !
Le nain se précipita au gouvernail, écartant violemment un malheureux au passage, qui s’écroula assommé par le coup.
- Bah…Qu’est-ce qu’il a ?
- Il n’aime pas avoir tort !
- Gonflez les voiles, bandes de charognasses, ou je vous les fais bouffer !
- Mais il y en a une en feu !
- Et ta sœur, elle est en feu ? Gonfle-la, où c’est la brasse-coulée pour tout le monde !
- Tu sais ce qu’elle te dit, ma sœur ?
- Quoi ?
- J’ai dit : « Tu risques d’arriver à l’heure » !
Le vent soufflait, les nuées de projectiles s’abattaient toujours sur le navire. Mais le nain gagnait du terrain, chose étrange pour un individu avec d’aussi petites jambes, m’enfin, passons… Les navires ennemis allaient bientôt être à bonne distance des tirs d’arbalètes, et Marsh rechargea la sienne. Une dizaine de ses hommes étaient déjà morts, transpercés de part en part par les flèches acérées. L’ordre qu’il hurla se perdit dans les rafales, mais les hommes, mus par le même instinct meurtrier, le comprirent et tirèrent. Les balistes défoncèrent le bastingage du plus proche navire, apportant mort et désolation, tandis que les carreaux se plantaient dans les corps flasques des gardes-côtes. Le mât central se brisa, emporté par trois tirs de balistes, écrasant deux hommes dans une marée de sang. Le navire commença à grincer, les hommes hurlant leur peur d’une manière inhumaine, mais le second était maintenant presque à portée d’abordage. Il n’était occupé que par une vingtaine d’hommes, proies faciles pour les pirates. Khazadrine lâcha la barre, et sortit ses griffes d’un air menaçant. Stormwen et ses ravageurs étaient eux aussi fin prêts, et Marsh décida donc de n’envoyer que ces vétérans à l’assaut, épargnant les autres pour l’attaque de la prison. La jeune femme acquiesça d’un signe de tête, et s’élança vers les occupants terrifiés, suivie par ses ravageurs qui hurlaient leur soif d’en découdre. Le nain ne s’embarrassa pas d’un grappin, prit son élan, et, d’un saut prodigieux pour sa race, atterrit sur les épaules d’un archer effaré. Un éclat argenté, et la tête du malheureux roula à terre, dans un flot de sang. La fureur des corsaires contrastait avec la peur panique des gardes-côtes. Les ravageurs arrachaient les membres de leurs adversaires, faisant voler les bras, les jambes et les organes des malheureux. Le sang coulait à flot, les hommes se roulaient à terre en regardant leurs entrailles dégouliner. Le capitaine ennemi sortit de sa cabine, l’air agacé.
- Qui sont ces gens ici présents ?
- Ceux que tu as attaqués, tafiole !
- Ah, oui, j’oubliais, ceux que le maire nous a ordonné d’arrêter, n’est-ce pas ?
- Sans doute, froussard. Maintenant, bas toi !
Stormwen venait de sortir son sabre, et le dirigeait sur l’ennemi. Elle avait une éraflure sur la joue, et du sang s’écoulait par petites gouttes de la blessure. Le capitaine la regarda en riant. « Une femme ! », pensa-t-il. Il dégaina à son tour, et les deux combattants commencèrent à se tourner autour. Soudain, il passa à l’attaque. Les lames s’entrechoquèrent, sifflèrent, fendant l’air à une vitesse hallucinante. Feinte, parade, botte, riposte, parade… et le premier sang gicla, la main gauche du scélérat volant dans les airs. Un hurlement, un gémissement plaintif, et la lame de Stormwen vint se ficher sur le cou de l’homme. Celui-ci, dans un dernier élan, se projeta en avant, et mourut sur le coup, le sabre dans la jugulaire.
- Drôle de suicide…pour une tafiole…
- Ce n’est pas drôle ! Mes hommes, nous prenons le commandement de ce navire !
- Ayah ! Ayah !
Stormwen regarda en arrière, et adressa un sourire à Garnac, qui lui rendit son sourire. Khazadrine vit le visage de Marsh s’ombrager.

***
- Bon, maintenant que ces deux navires ont été mis hors de combat, occupons-nous de la prison, et de délivrer nos amis.
- Désolé capitaine, mais nous avons un problème.
- Quel problème, Aboubou ?
- Celui-ci !
Un coup dans le dos fit tomber Marsh à terre. Deux hommes lui saisirent les bras, et les autres pointèrent leurs armes vers lui. Aboubou dirigea son visage face à celui du corsaire, son unique œil fixé sur lui. Son haleine putride dégoutait Marsh, mais celui-ci soutint son regard.
- A quoi joues-tu, imbécile ?
- Je m’approprie le commandement de ta flotte, et de tes hommes. Nous allons tranquillement faire voile vers le port, et te livrer à une personne qui sera sans doute ravie de te revoir, si tu vois de qui je veux parler.
- Scélérat ! Je suppose que tu nous as mené dans la grotte de tes amis en espérant recevoir leur aide pour tes plans pathétiques », fit Marsh en voyant Garnac approcher, le sourire aux lèvres.
Aboubou eut un rire dément, rejetant sa tignasse grisonnante en arrière.
- Ne t’inquiètes pas, ce sera sans douleur !
- Vous aimeriez vous en convaincre !
- Plaît-il ?
Le corsaire effectua une pirouette arrière, se délivrant de la saisie de ses geôliers. Il prit son élan et voulut sauter sur le navire de ses amis, mais la mer les avaient séparés, et Marsh tomba à l’eau. Les ravageurs se précipitèrent pour l’aider, mais les carreaux des arbalétriers d’Aboubou les en empêchèrent, et un filet fut lancé pour repêcher le capitaine. Celui-ci suffoquait, empêtré dans les maillons serrés. Le nain hurla en direction d’Aboubou :
- Hé ! Qu’est-ce qui se passe ici ?
- Je te conseille de rester à ta place, nabot, si tu ne veux pas voir ton ami mourir sur le champ !
- Quoi ? Tu as bien dit « nabot » ?
- Du calme, Khazadrine. Aboubou, pourquoi nous trahir ?
- Oh, ne t’en fais pas, Stormwen, je suis certain que Garnac sera ravi de ta soumission… !
- Jamais !
- Amenez votre bateau jusqu’au port, sinon, il meurt !
Les deux bâtiments se dirigèrent vers le port, presque côte à côte.

***
Dans la prison, Zhurc se lamentait sur son sort. Cela faisait presque une semaine qu’il était enchaîné, les poignets liés derrière le dos. Personne n’allait donc le chercher ? Flac lançait des petits cris apeurés chaque fois que la porte s’ouvrait. Lui aussi était attaché, par le cou, au mur. Soudain, une dalle de sa cellule bougea. Elle s’ouvrit, sous le regard ahuri du corsaire, et une main en sorti.
- Alors, Homerell, on est dehors ?
- Je sais pas, Moe, il fait soif ici !
- Grimpe, imbécile !
- Mais, Moe, Jart ne suis pas, on devrait…
- Tais-toi, Willy Am’, c’est moi le chef ici ! Et toi, escalade !
Zhurc vit une tête jaillir de la trappe. Un homme sortit, habillé en bagnard, à l’allure bedonnante et moustachue.
- C’est bon Moe, on est dehors, il y a du monde ici !
- Quoi ?
Le dénommé Moe évacua le tunnel et regarda Homerell en hurlant. De toute évidence, ces prisonniers tentaient de s’évader. Zhurc saisit sa chance.
- Dites, ça vous dirait de nous détacher, moi et le singe ? On pourrait vous aider !
Les deux hommes se calmèrent, tandis que deux autres têtes émergeaient.
- C’n’est pas faux !
- C’est donc vrai !
- La ferme ! On te détache, mais si tu promets de nous aider !
Zhurc émit un signe de tête. Le plus petit sortit une lime et commença à le détacher. Le pirate arracha alors la chaine du cou de Flac, et s’étira. Il se dirigea ensuite vers la porte, prit son élan, puis donna deux coups d’épaule dedans. La porte s’ouvrit avec fracas, devant le garde abasourdi face à cette invasion massive. Flac lui sauta à la gorge, tranchant la jugulaire de ses petites dents. Zhurc sourit. L’invasion de la prison commençait !
***
Les vaisseaux arrivèrent au port, devant l’entrée de la prison. Le maire les attendait, un sourire goguenard aux lèvres. Une trentaine de gardes l’encadraient, par précaution. Une cinquantaine d’autres patrouillaient dans la ville. Aboubou descendit le premier, tel un grand seigneur, suivit par Garnac et ses hommes. Dès que celui-ci vit le maire, son visage s’assombrit. Le gros homme s’avança, les bras tendus vers le borgne.
- Vous avez… l’ « invité » ?
- Comme convenu. Je vous offre Mallow pour le prix que nous avons déterminé, mais voici aussi les rebelles !
- Bravo !
- Quoi ? Tu nous as trahis aussi ? Scélérat ! Mes hommes, avec moi !
Les soldats les encerclèrent, hallebardes pointées.

***
La prison formait un véritable labyrinthe. Zhurc commençait à désespérer, perdu dans les couloirs, à la tête de sa petite troupe. Au sortir d’un couloir, il entendit des éclats de voix sur la gauche. Les fugitifs s’arrêtèrent, tandis que les cris s’intensifiaient. Ils s’approchèrent lentement, et Moe, le plus furtif, risqua un œil de l’autre côté du mur. Ce qu’il vit lui souleva le cœur. Trois hommes étaient entrain de battre une fillette d’une dizaine d’années, sous le regard horrifié de cinq autres, enchaînées. Il fit part de sa découverte à Zhurc, qui, pour toute réponse, s’avança à la lumière. Les trois scélérats se tournèrent vers lui, apeurés. Le géant gronda, et, dans un souffle, leur dit :
- Pourquoi ne pas me frapper, moi ?
- C’est-à-dire que…
- Ce n’est pas ce que vous croyez…
- On plaisantait, hein…
- Pas moi.
Le colosse fonça sur eux en hurlant. Deux purent l’éviter, mais le troisième n’eut pas cette chance. Le choc fut si brutal qu’il atterrit de l’autre côté de la pièce sur le mur, la tête ensanglantée. Il ne se releva pas. Les deux autres gardes tentèrent de fuir, mais ils se heurtèrent aux quatre Dalpsons, qui firent craquer leurs jointures. Les scélérats brandirent le bâton et le fouet qui leur servaient d’instrument de torture. Un claquement sec, et la joue de Willy’Am fut traversé d’une raie rouge. Le misérable leva à nouveau son fouet, mais Zhurc avait attrapé le bout de l’arme, et s’empressait d’étrangler son propriétaire en lui enroulant la corde autour du cou. Les quatre frères se jetèrent sur le dernier garde, qui succomba sous les coups, malgré son bâton. Les prisonniers s’écartèrent du malheureux, recouvert de sang et d’ecchymoses. Flac prit les clés à la ceinture du premier garde, et libéra les fillettes. Celles-ci pleuraient, et leurs sauveurs remarquèrent que plusieurs étaient blessés, des entailles leur traversant le visage et les membres. Zhurc en prit une sur son dos, et une autre dans ses bras, tandis que les quatre frères en portaient chacun une, bien que Moe ait quelques difficultés. Tout cela se passa dans le plus grand silence, toute la troupe étant encore choquée par ce qui venait de se produire. Ils repartirent à la recherche d’une sortie, s’enfonçant dans les couloirs nauséabonds. Au bout d’une dizaine de minutes, ils arrivèrent devant une petite porte. Homerell l’ouvrit, et ils purent distinguer un escalier. La montée s’avéra être ardue, surtout pour Zhurc qui touchait presque le plafond, et qui portait deux filles. Jart regarda prudemment en haut des marches, et fut comblé de joie en voyant la porte principale de la prison. Malheureusement, celle-ci était gardée par deux gardes, armés d’hallebardes acérées. Il en référa à Zhurc, qui leur dit de poser les gamines, pour ne pas leur faire prendre part à l’affrontement. Celle qu’il portait sur son dos lui souffla quelques mots à l’oreille, et Zhurc approuva. La gamine se précipita alors vers les gardes, et leur parla avec animation. Ils se ruèrent alors vers les escaliers, la fillette restant en retrait. Alors qu’il contournait le mur pour prendre les escaliers, le premier garde fut stoppé net par le poing colossal de Zhurc, et projeté avec une force destructrice sur son camarade. Les deux hommes furent sonnés, suffisamment pour que les dagues récupérées au sous-sol se plantent dans leurs gorges. Les fugitifs se dirigèrent donc vers la porte principale, et s’apprêtaient à l’ouvrir, lorsqu’ils entendirent des voix de l’autre côté. Zhurc glissa un œil à travers la petite fenêtre, et ce qu’il vit le stupéfia. Son capitaine était enroulé dans un filet de pêche, à terre devant le maire et Aboubou. Ils étaient entourés de beaucoup de gens, des gardes et des prisonniers, apparemment. Un nain se tenait courbé, accompagné d’une jeune femme et de plusieurs guerriers à l’allure terrifiante. Zhurc vit Aboubou lancer un coup de pied à Marsh, et gronda. Il s’était toujours méfié de ce forban, avec son œil crevé, sa cicatrice et ses airs doucereux. Voyant que les gardes étaient relativement nombreux à être postés devant la prison, il décida d’agir. Il avisa plusieurs poutres de belle facture, qui servaient sans doute pour les pendaisons de la ville. Sous ses ordres, les quatre frères et lui-même en soulevèrent une, la plus imposante. Ils firent s’écarter les fillettes, prirent leur élan et cognèrent la porte avec force. Le bruit résonna dans toute la cour, faisant fuir les rapaces entassés sur les murs. La porte n’avait pas cédée, mais était sérieusement ébranlée. Ils réitérèrent leur assaut, et cette fois, la porte s’effondra avec un bruit sourd, sur les gardes paniqués. Zhurc hurla sa rage à travers un seul mot : « ABOUBOU ! »

***
Le chaos fut total. Les gardes criaient, écrasés par la lourde porte. Un tapis de sang se propagea jusqu’à Marsh, qui tentaient de se délier de ses liens. Khazadrine accourut, sortant ses griffes, et déchiqueta le filet de pèche. Le corsaire se releva, tandis que le nain se joignit à la mêlée générale. Les griffes sorties, il commença à déchirer le thorax d’un soldat, tout en coupant le poignet d’un autre. Stormwen lança une percée à travers un régiment d’hallebardiers, à la tête de ses ravageurs. Alors qu’ils allaient s’embrocher sur les armes pointues, ils firent exprès de glisser pour passer dessous, et trancher les membres inférieurs des soldats. Ceux-ci s’effondrèrent en hurlant leur douleur, leur sang arrosant les corsaires qui s’en délectaient. Les hommes de Garnac étaient aussi révoltés que les autres, d’autant plus que leur chef les avaient envoyés à la mort, sous prétexte d’une alliance pouvant rapporter gros. Marsh venait de se remettre debout, quand un sabre lui coupa une mèche de cheveux. Il se retourna en faisant une pirouette, lui permettant de voir cinq soldats qui l’entouraient, l’air terrifié. Il dégaina son sabre et le planta dans la jugulaire de son agresseur. Le sang jaillit et aveugla un autre soldat. Celui-ci eut la poitrine perforée, ses organes internes se vidant sur le sol à une vitesse effrayante. Un autre attaqua Marsh, mais son assaut ne toucha qu’un de ses compatriotes, la lourde hallebarde ayant été déviée par le sabre du corsaire. L’arme étant coincée dans la jambe du soldat, le capitaine fit tomber ses attaquants en saisissant la hallebarde et la faisant tournoyer. Les soldats s’effondrèrent, et Marsh les acheva. Soudain, il entendit un cri. Il vit Zhurc s’effondrer, le bras en sang. Aboubou bondit pour se cacher au cœur de la ville, à l’abri de la fureur des corsaires. Marsh se lança à sa poursuite.

***
Le silence était effrayant, comparé au bruit du combat du port. Les rues étaient désertes, mais Marsh entendait des pas rapides. Il les suivait depuis le port, se doutant qu’il s’agissait d’Aboubou. Le traître avait blessé Zhurc, il allait le payer ! Soudain, il n’entendit plus rien. Il s’approcha prudemment, et inspecta la rue. Personne ! Un bruit, en haut ! Marsh leva les yeux et vit le forban grimper sur le toit d’une maison. Il bondit à sa suite, tout en tentant de faire le moins de bruit possible. Lorsqu’il arriva sur le toit, il aperçut Aboubou en face de lui.
- Je t’attendais, cap’ !
- Scélérat ! Tu vas payer !
- Un petit duel, ça te tentes ? Argh !
Marsh avait déjà envoyé son arme en avant, et Aboubou n’eut que le temps de parer l’attaque, avant de pouvoir répliquer. Le combat fut à égalité entre les deux adversaires, les parades succédant aux feintes. Finalement, Aboubou lança son sabre vers Marsh, alors même que les tuiles se dérobaient sous le poids du corsaire. Celui-ci n’eut que le temps de brailler son désarroi avant de tomber dans le trou, le bras entaillé. Aboubou poussa un cri de victoire, et s’esquiva.

***
La chute parut interminable à Marsh. Il s’attendait à mourir, mais il ne se cogna contre aucun objet solide. En effet, le toit sur lequel il avait combattu le traître n’était autre que celui des salles thermales de la ville, et le corsaire tomba dans une piscine. Il sortit la tête de l’eau, reprenant sa respiration, et ouvrit les yeux. Une vision de paradis s’offrit à lui. Il était tombé au beau milieu du bassin réservé aux femmes, et se trouvait entouré d’une vingtaine de représentantes du sexe opposé. La plupart étaient nues, ou couvertes d’un léger voile qui les recouvrait en partie. Plusieurs s’approchèrent pour observer l’étranger, et Marsh eut ainsi le loisir d’admirer leurs superbes corps. Alors qu’il s’enhardissait, il entendit un toussotement agacé, suivit d’une exclamation : « Marsh Mallow ! »
Il tourna la tête, et rougit violemment. Stormwen se tenait dans l’encadrement de la porte, les mains sur les hanches, tandis que le nain admirait éberlué toutes ces jouvencelles, la bave aux lèvres. Le capitaine s’écarta vivement des demoiselles, et rejoignit ses compagnons en maugréant. Il était trempé des pieds à la tête, et était obligé de stopper ses jouissances intellectuelles. Stormwen le regardait d’un œil noir, tandis que Khazadrine ne parvenait toujours pas à détacher son regard des jolies croupes. Finalement, le trio sortit du bâtiment, et la jeune fille dit d’un ton grave :
- Zhurc est blessé… On risque de devoir l’amputer.
- Quoi ? Où est-il ?
Ils arrivèrent au port en trombe, où ils virent le colosse entouré de nombreux corsaires, un bandeau rougi par le sang autour de la main. Marsh se laissa tomber à côté de lui, misérable. Il s’en voulait de n’avoir pu tuer Aboubou, le responsable de cette tuerie. Khazadrine, qui avait des compétences « chirurgicales », s’approcha, les griffes sorties. Zhurc émit un bref signe de tête, préférant éteindre la douleur et une possible maladie. Le nain demanda aux autres de s’écarter. Ils obéirent. Ils virent avec effroi le bras griffu se lever, et retomber d’un coup sec, tandis qu’un hurlement retentissait dans tout le port.
- Stormwen, aide-moi à stopper l’hémorragie !
- J’ai un drap, si ça peut t’aider !
- Oui, oui, allez, plus vite ! Et toi, ne fais pas ta tafiole, arrêtes de gémir comme un elfe !
L’ambiance se réchauffa lorsque le bandage fut enfin réalisé, et que Zhurc s’endormit, un sourire aux lèvres.
Des corsaires s’approchèrent de Marsh, tenant le maire. Celui-ci avait une entaille au-dessus de l’œil droit, et le nez couvert de sang coagulé.
- Comment allez-vous, monsieur le maire ?
- Laissez-moi partir, par pitié !
- J’hésite : devons-nous vous emprisonner et vous faire subir les tortures que vous infligiez à vos prisonniers, ou devons-nous vous pendre pour le bien-être de cette ville ? Je crois que nous allons faire les deux, vous êtes d’accord, n’est-ce pas ?
- Au secours ! Lâchez-moi, par pitié !
- Emmenez-le !
Le proboscidien hurlait toujours, lorsque Garnac se dirigea vers Marsh. Il mit un genou à terre, et déclara :
- Ma trahison me couvre de honte. Faîtes ce que vous voulez de moi, capitaine.
- Je ne te tuerai pas, car toi et tes hommes avez participé à la victoire ! Cependant, tu es banni de la ville de Carcasar, mais tu peux rester dans le périmètre, si cela te sied.
- Merci, capitaine.
Marsh se hissa sur un tonneau, et rugit :
- La ville est à nous !
- Ayah !

***
Le calme était revenu dans la ville. Les hommes faisaient la fête, buvant et dansant autour de feux de joie. Zhurc et Khazadrine jouaient aux échecs, le géant étant encore pâle, le bandeau autour du bras.
Marsh et Stormwen marchaient le long du port. Ils se tenaient la main, lorsque la jeune femme prit la parole :
- Tu as été un vrai chef aujourd’hui… Dommage que tu ne l’ais pas tué !
- Parlons d’autre chose… Je n’aime pas penser à ma défaite !
- Pourquoi parler, alors que l’obscurité permet d’envisager bien d’autres possibilités ? Tu n’avais pas l’air insensible aux charmes féminins, dans le bassin…
- Vous aimeriez vous en convaincre, chérie…
Et ils s’embrassèrent, la lune les baignant d’une lumière fantomatique.

« Echec et mat ! »
Le nain venait de renverser le roi du colosse. Celui-ci sourit, dépité.
- Allons, ça te dirais un petit tour aux bains pour te remettre de cette cuisante défaite ? J’y ai vu de très charmantes créatures tout à l’heure !
- Je me sens un peu faible. Mais je te remercie pour ton offre !
- Dommage pour toi ! Moi, j’y vais !
Et le nain partit en direction des bains encore éclairés, son gros ventre battant la mesure de son empressement.
Grob’ emoticone

0 commentaires à “Marsh Mallow, chapitre 5”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Auteur: Grobelin

grobelin

octobre 2009
L Ma Me J V S D
« sept   nov »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

monperroquet |
Claire de lune |
Pratiquer l'Aéromodélisme e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Jo Voyages
| POULES ET COMPAGNIE
| Des idees pour faire sa dem...