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Marsh Mallow, chapitre 6

Voila la derniere mission en date de Marsh Mallow d’Umbar, meme si je n’ai pas l’impression que beaucoup de monde les lise…Les parties ou il n’ y a pas d’accents sont celles ecrites en UK… Innocent

 

 La nuit était calme. Cela faisait douze jours que les corsaires avaient pris le contrôle de la ville, et Marsh était tranquille quant à la suite des événements. Il se retourna dans son lit, et contempla Stormwen, le visage éclairé par la lune. Il était heureux de l’avoir près de lui, se sentant plus rassuré en sa présence qu’avec n’importe quel garde. Il rêvassait, lorsque des cris rompirent le silence nocturne. Il bondit hors du lit, se dirigeant vers le balcon qu’il avait assiégé quelques semaines plutôt. Une lumière flamboyante était visible, semblant provenir d’une rue voisine. Il sentit une main sur son épaule. La jeune femme s’était réveillée, et s’inquiétait.
- Que se passe-t-il, mon chéri ?
- Ce que je craignais. Le début des attentats.

***

Le conseil d’administration fut réuni le lendemain, à l’aube. Les notables de la ville étaient attablés autour de Marsh, derrière qui se tenait Zhurc, l’air plus sombre que jamais, Flac sur l’épaule.
- Messieurs, je vous ai réunis ici, ce matin, afin de régler le problème de la nuit. Comme vous le savez, la maison de Madame Mochin, qui avait eu la gentillesse de faire d’énormes dons à l’association des joueurs de croquet de la ville, a été incendié dans des conditions dramatiques, puisque cela a tué une quinzaine de personnes, Madame Mochin faisant partie d’un groupe de trafiquants d’alcool très fort, transformant le petit incendie en gigantesque explosion. Cela ne peut plus durer !
- Mais, ça a à peine commencé !
- Eh bien c’est fini ! J’ai décidé que les responsables de ce drame odieux seront pendus hauts et courts sur la place du port ! Les avons-nous arrêtés ?
- Non, la milice enquête en ce moment mê…
La porte s’ouvrit, et le nain entra.
- Désolé, j’étais aux bains, et une des filles a failli se noy…bon, je crois que je vous raconterai plus tard…
Le silence était total, les regards des notables tournés vers Khazadrine. Celui-ci balbutia :
- Sinon, heu, il y a une sorte de, heu, manifestation dehors…et deux nouvelles attaques.
- Quoi ?
Marsh se leva précipitamment de sa chaise, et se pencha à la fenêtre, Zhurc sur ses talons. Une foule de gens se pressaient devant la forteresse. Ils hurlaient, pointant du doigt le port, d’où s’élevait une fumée caractéristique.
- Trois attentats en un jour ! Mon dieu !
- Et ils se sont dirigés vers le centre ville après !
- Qui ça ? Les responsables ?
- Oui, je crois. Je ne sais pas, je revenais des bains en courant, lorsque j’ai aperçu quatre hommes dans une rue lointaine, qui essayaient d’être discr… oh, flûte ! Les bains !
- Eh bien quoi ?
- Ils sont au centre ville ! Les filles, attendez-moi, j’arrive à la rescousse !
Le nain détala, les griffes sorties. Zhurc se gratta la tête, et demanda :
- Qu’est-ce qu’on fait, capitaine, on le suit ?
- Parbleu ! Ce sera peut-être la seule occasion ! En avant toutes !

***

Le groupe arriva aux bains. Le spectacle n’était que désolation. Les portes avaient été arrachées de leurs gonds, et des pans de murs s’étaient effondrés. Le nain s’arrachait les cheveux, cherchant des survivant(e)s. Marsh entendit un gémissement à sa gauche. Il vit une main sous les décombres, qui bougeait faiblement.
- Zhurc, viens m’aider !
Le colosse souleva un pan de mur de sa main restante, et ils purent voir une jeune femme blessée. Le nain bondit à ses côtés, la soulevant délicatement.
- Nat’, ça va ?
- Khaz ? C’est toi ?
- Mais oui c’est moi ! Tu sais ce qu’ils ont fait des autres ?
- Ils en ont emmené plusieurs, mais j’ai vu Elwyn et Meg se faire tuer…
- Les scélérats ! Ils osent s’en prendre à des femmes ! Eh, toi, vas chercher un médecin pour cette femme qui souffre ! Euh… Khazadrine ?
Marsh regarda le nain. Celui-ci reniflait, les yeux humides. Soudain, son visage s’assombrit, alors qu’il humectait l’air.
- Allons, Kha…
- Ils ne sont pas loin d’ici, je les sens !
- Quoi ? Tu es sûr ?
- Certain !
- Bon, Zhurc, tu nous accompagnes ? Stormwen, reste avec les sauveteurs !
Le nain sortit se griffes. Le géant saisit une gaffe. Le capitaine dégaina son sabre et prit son arbalète.
- Par là, ça sent le savon !
- Non, l’expression, c’est « Ca sent le souffre ! »
- Ca sent le savon à cause des bains, crétin !
- Ah pardon !
Ils avançèrent prudemment, parrés à toute embuscade. Le nain continuait de renifler. Il se rapprocha de Marsh, et lui souffla :
- Ils sont autour de nous !
- Quoi ? Tu es sûr ?
- Mais oui, bon sang !
- Zhurc, stop !
Le piège se referma. Un filet emprisonna le colosse, tandis que les terroristes encerclaient les 3 compagnons, des archers sur les balcons. Trois hommes sortirent de l’ombre, accompagnés par un géant au teint verdâtre. Celui-ci s’avança, ouvrant une bouche d’où sortaient plusieurs dents acérées.
- Salut ! On m’appelle Big Momo, le semi-troll. Je suis le sous-chef des rebelles.
Marsh fut étonné. D’ordinaire, les monstres de son gabarit servaient plus de gardes du corps que de lieutenant, mais la logique torturée des rebelles ne le surprenait plus.
- Tu es donc le valet du fou de la ville ! Et que suis-je censé faire de cette information plus que superflue ?
- Moi et mes copains, on vous ordonne de quitter le patelin, sous peine de rcevoir la plus grosse raclée de votre vie !
- Recevoir la plus grosse raclure ? Mais je n’ai aucune envie de te recevoir chez moi, jambon-sur-pattes !
- Vous le prenez comme ça ? Très bien.
Le mastodonte fit craquer ses jointures. Ses compagnons saisirent des bâtons.
- N’essayez pas de vous échapper, mes archers vous tueraient. Nous, on va juste vous casser un ou deux membres, et vous couvrir de bleus.
- Vous aimeriez vous en convaincre ! Maintenant !
Marsh pointa son arbalète sur le plus proche archer, et pressa sur la détente. L’homme, surpris par la soudaineté de l’attaque, tomba du balcon, le carreau fiché dans l’appendice nasal. Dès que le signal fut lancé, Khazadrine se rua sur un pilier en bois qu’il trancha de deux coups de griffes, faisant s’écrouler la balustrade sur laquelle était postés deux archers. L’un d’entre eux se fit le coup-du-lapin, mais l’autre n’eut qu’une légère entaille, qui ne suffit guère à la soif de sang et de vengeance du nain, qui lui planta ses griffes dans le visage. Le sang gicla et l’archer s’effondra sans un souffle. Zhurc déchira le filet qui l’entourait avec ses dents, et se rua sur l’un des compagnons du semi-troll. Il parvint à lui retourner le bras, l’os sortant de la chair du malheureux. Il entendit un rugissement violent et n’eut que le temps de voir le chef de la troupe foncer sur lui, la bave aux lèvres. Le semi-troll l’envoya contre le mur opposé, et Zhurc s’effondra, assommé. En voyant son ami à terre, Khazadrine sauta vers le monstre, les griffes en avant. Il les planta dans son bras droit, mais Big Momo le regarda, souriant, et arracha le nain de sa prise. Il le prit par les griffes de sa main gauche et commença à le faire tournoyer. Le nain réfléchit à toute vitesse.
« Soit je lâche mon gant et je révèle mon secret, soit ce fou me tue ! Priorité à la vie ! »
Le pachyderme eut une surprise en s’apercevant qu’il ne faisait tourner qu’un gant en cuir par lequel sortaient des griffes.
- Où est passé le nabot ?
- Au-dessus, gros tas !
Il souleva sa lourde tête et vit le nain, les griffes de la main droite prêtes à se planter dans les yeux de Momo. Un éclat rougeoyant, et Khazadrine s’écarta de Big Momo, qui baignait dans une mare de sang. Pendant ce temps, Marsh se battait contre les deux compagnons restants, et tentait d’éviter les flèches meurtrières de l’archer. Il fit voler l’arme de l’un, enfonçant son sabre dans la clavicule de l’autre, tandis que le désarmé se prenait la flèche réservée à Marsh dans la joue. Le corsaire envoya alors son arme sur le meurtrier, qui s’écroula par-dessus la rambarde. Il se redressa et s’adressa au nain :
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Pourquoi tu ne l’as jamais dis, pour tes griffes ?
- Bon d’accord, elles ne sont pas implantées, ce sont des gants métalliques et ingénieux, et par-dessus je mets des gants en cuir pour paraître plus dangereux. Ca te va ?
- Mais pourquoi n’as-tu pas une hache ?
- La mienne a été détruite, et j’ai juré de ne porter que celle-ci, lors de sa fabrication. Et puis j’ai vu ça, chez un armurier, et elles m’ont adopté… Bon, si on réveillait Zhurc ? Et…promets-moi de ne rien dire à qui que ce soit, hum ?
- Bien sûr ! Houlà, il l’a bien amoché, le gaillard !
Le colosse était dans un état pitoyable. Il avait l’œil enflé, le nez cassé, et du sang coulait à petites gouttes de ses blessures. Ils le soulevèrent et l’emportèrent vers les bains, ignorant les flaques de sang qui les entouraient. Ils ne pourraient plus rattraper les kidnappeurs des jeunes filles, mais huit rebelles avaient déjà été éliminés !

 ***
La révolte grondait. Les rebelles avaient bien travaillé. Des marchands aux tenanciers, la ville était sous le choc des attentats. Devant la forteresse, un grand groupe protestait, des pancartes levées. Khazadrine reconnut nombre de ses anciens clients, qui n’avaient à présent plus de barbier, le nain s’étant engagé dans la chasse aux rebelles. Il en parla à Marsh, dont le visage s’assombrit. Les rides sillonnaient son front, signe d’une anxiété extrême. Il parut réfléchir, puis releva la tête, l’air joyeux. Il prit un rouleau de parchemin, une plume, puis se mit à écrire. Il appela ensuite un coursier, à qui il susurra quelques mots à l’oreille. L’homme s’éclipsa. Tout cela s’était déroulé sous les yeux médusés du nain, qui ne pipait mot. Finalement, il haussa les sourcils, captant l’attention de son capitaine :
- Alors ?
- Alors tes problèmes sont réglés !
- Si tu le dis…

***
L’homme arriva devant la porte de la ville. Les gardes pointèrent leurs armes sur l’inconnu.
- Halte là, qui va là ?
- Moi.
- Avez-vous un laissez-passer ?
- J’ai une lettre de mon demi-frère.
- Qui est-ce ?
- Lisez la signature.
Le garde prit la lettre, regarda la signature, et s’inclina. Les autres ouvrirent la porte, et l’homme entra dans la ville. Les passants s’écartèrent sur son passage, son teint blafard et sa démarche inquiétante suffisant à éloigner le manant. Sa longue veste poussiéreuse s’ouvrit, dévoilant un éclat argenté. Ses pas lourds l’amenèrent devant la forteresse, encore assiégée par les manifestants. Il s’avança avec nonchalance, conscient du silence qu’il provoquait.
La même scène se répéta avec le garde de la forteresse, qui le laissa passer.
- Au fait, quel est votre nom ?
- Todd.

***
Le conseil était à nouveau réuni, dans la grande salle de la forteresse. On y trouvait de nombreuses têtes nouvelles, gens nouvellement arrivés dans la cité.
- Messieurs, l’heure est grave. Les rebelles ont réussi à rallier de nombreux adeptes, et la ville est en proie à la folie. J’ai donc fait chercher les plus éminents détectives et agents des Terres du Sud, que l’adjudant Gerbir, chef de notre milice locale, les « gens-d’armes », comme il les nomme, va présenter.
- Merci pour ces bonnes paroles, mon cher capitaine ! Je pense qu’on devrait les laisser se présenter eux-mêmes, qu’en pensez-vous ?
- Très bien, alors je commence : on me nomme Golay, Jerry Golay, et je suis le chef d’une bande d’espions, dont j’ai amené ici mes plus chevronnées représentantes, les Spîîîes…
- Génial…
- Moi, on me nomme Hercule Poivrot, et je suis un détective qui a toujours raison !
- My name’s Sherlick Antrolmes, and…
- Mais on ne comprend rien quand il parle lui !
Le maréchal-des-tavernes s’approcha.
- Si vous permettez, mon adjudant, j’ai des notions dans sa langue…
- Très bien, allez-y, Cruchon !
- My flowers are more beaûûûtiful than yours !
- Qu’est-ce-qu’il dit ?
- What ? I don’t understand what…
Soudain, la porte s’ouvrit, et un homme entra. Il était vêtu d’une grande veste, contrastant fortement avec son visage d’une pâleur extrême. Ses cheveux en bataille étaient striés d’une mèche blanche, lui donnant un air fou. En le voyant, Marsh leva les bras :
- Todd ! Enfin te voilà !
- Je ne raterais jamais une telle occasion d’accomplir ma vengeance…
- Euh…c’est qui ?
- Je vous présente mon demi-frère, Todd.
Un silence pesant. Finalement, Khazadrine tendit sa main au nouveau venu.
- Enchanté ! Et que viens-tu faire ici ?
- Il vient te remplacer.
- Me…remplacer ?
- Comme barbier, voyons ! J’ai besoin de toi pour la chasse aux rebelles, il va donc satisfaire tes clients, à … à sa manière…
Le nain soupira.
- J’ai cru que tu ne voulais plus de moi !
- Soyons sérieux… Bon, adjudant, si nous mettions en place un plan d’action ?
- Je n’attendais que votre accord, capitaine. Cruchon ! Le tableau d’affichage !
- Oui mon adjudant…

***

La nouvelle de l’arrivée de Todd fit sensation en ville. Les clients commencèrent à affluer dans la nouvelle boutique de barbier, qui s’était vu installée à la place de l’enseigne de Madame Mochin, morte durant les attentats. Il s’était vu chargé par son frère d’interroger les éventuels rebelles pour en apprendre plus. Malheureusement, peu d’entre eux osèrent le voir, et ce ne fut que trois jours après son arrivée que le directeur de la prison entra dans l’échoppe. Celui-ci était vêtu d’un grand manteau à fourrure, signe de sa position élevée dans la ville, et marchait d’un pas élégant. Lorsqu’il entra, Todd le détesta immédiatement. Ses airs doucereux le rendait antipathique et fourbe, mais il s’approcha tout de même du client, et lui proposa un siège. Il commença le rasage, et ils commencèrent à discuter, Todd tentant de lui soutirer des informations.
- Et votre frère, vous l’appréciez ?
- Mon demi-frère ! Non, je le hais, son père a tué le mien, c’était un gondorien qui a violé ma mère, mon père tentant de s’interposer s’est fait transpercer… Lui, c’est donc un bâtard…
- Intéressant… Et vous aimeriez vous venger de lui ?
- Plus que tout au monde !
Todd voyait où l’autre voulait en venir, il continua donc dans la même direction.
- Pourquoi, vous pouvez faire quelque chose pour moi ?
- Hum…c’est-à-dire que… j’ai des relations…
- Quel genre de relations ?
- Si vous voulez, venez sur la plage, après le rocher du Crabe-qui-aboit, il y a une réunion…
- Je ne connais pas cette plage !
- C’est une plage…euh…naturiste…
- Ah oui… Intéressant…
- Je ne vous le fais pas dire ! Il y a de beaux spécimens parfois ! On est censé ne pas…enfin…vous comprenez…
- Oui, avec toutes ces jolies créatures, vous avez du mal à garder profil bas, c’est ça ?
- On peut dire ça comme ça ! Mais il y en a pour tous les goûts…
- Ah ?
- Il y a même des gamines… J’en avais capturé pour amuser mes gardes et moi…
Todd arrêta sa besogne, dégouté. Un violeur d’enfants ! Il regarda son rasoir, qu’il fit légèrement pivoter dans sa main. Il ne lui restait qu’une seule information à avoir, et après…
- Et à quelle heure est cette réunion ?
- Environ huit heures. Si vous ne pouvez pas, vous pouvez vous rendre au quartier général, le bistrot du…Mais que faites-vous ?
Le directeur venait de voir le rasoir pointé sur sa gorge.
- Je te rase de très près, gratuitement en plus.
Un éclair argenté, un éclaboussement rougeâtre, et le « client » ne fit plus un mouvement

***
Marsh vit arriver son demi-frère qui courait vers lui, la chemise ensanglantée. « Enfin ! Je me demandais quand il passerait à l’acte ! », pensa le capitaine.
- Todd ! Tu as retrouvé tes bonnes vieilles habitudes !
- Très drôle. Bon, j’ai une information capitale pour toi : le quartier général des rebelles se situe dans un bistrot, et sinon il y a une réunion de rebelles ce soir à huit heures sur la plage à droite du caillou de la Crevette-qui-miaule…
- Ce n’est pas plutôt le rocher du Crabe-qui-aboit ?
- Si, c’est ça. Sur la plage naturiste…
- C’est une plaisanterie ?
Le nain s’était rapproché en entendant « naturiste ». Les bains lui manquaient…
- Il faut qu’on aille sur une plage naturiste ?
- Pas toi ! Tu vas chercher leur lieu de rendez-vous ! C’est moi et Zhurc qui iront voir les nudistes…
- Quoi ? Pourquoi c’est toi qui doit t’amuser ?
- Tu sais, il n’y a pas que des jolies femmes sur les plages, il y a aussi de gros pervers grassouillet, plein de bave sur les lèvres, dans le genre de l’ancien maire, si tu vois ce que je veux dire.
- Mouais, ça calme. Mais quand même…
- Leur point de rencontre se trouve dans un bistrot…
- Un bistrot ? Il va falloir chercher dans toutes les tavernes de la ville ? Mais pourquoi tu ne me l’a pas dit avant ? Yahou !
- Nous allons devoir faire deux groupes, l’un qui attaquera les nudistes avec la milice, et l’autre qui cherchera la taverne ! Je propose d’aller voir les nudistes avec Zhurc, le détective étranger, l’adjudant Gerbir et son « protégé », tandis que Khazadrine ira avec Todd et les autres. Ca vous va ?
- Mouais…
- Et moi ?
Stormwen s’avançait, les mains sur les hanches. Marsh recula d’un pas, sous l’œil amusé du nain et du colosse estropié.
- Euh…ma caille… je crois que tu devrais rester ici, avec l’amie du nain, pour garder la forteresse, non ?
- Les femmes à la maison, pendant que les hommes s’amusent ?
- C’est exactement ç…euh…non, ce n’est pas du tout ça, voyons ! Il vaut mieux quelqu’un pour surveiller les arrières…
Le nain s’esclaffa.

***

La ville était calme. Des badauds s’avançaient, et se retournaient brusquement en voyant la petite troupe armée dirigée par Marsh. Le capitaine était entouré de l’adjudant Gerbir et ses hommes, ainsi que le détective étranger. Celui-ci essayait de se faire comprendre par ses compagnons, et Cruchon tentait d’interpréter ses paroles.
- Well, you know, I don’t understand why my friend, doctor Watsin, is not here with us, but I’m sure…
- My tailor is rich !
- Well, that’s very interesting…
- Yes ! Where is Brian ?
- Who is Brian ?
- No ! In the kitchen !
- What ?
- And Jennie, the sister of Brian ?
- Cruchon ! Vous allez la fermer, oui ou non ?
- Pardon, mon adjudant…
Gerbir se rapprocha de Marsh, mais pas trop de Zhurc, qui formait la garde rapprochée du corsaire, Flac sur l’épaule. Ils continuèrent jusqu’aux quartiers des miliciens, et repartirent, à la tête d’une vingtaine d’hommes. Tout était silencieux, lorsque les miliciens se mirent à chanter à tue-tête : La La La La La La La La La La La, la la la la la la la la la la la la la… Tidi tidi tidi, St Tropez…
- SILENCE ! VOUS ALLEZ NOUS FAIRE REPERER, ABRUTIS !
- Euh, capitaine, c’est vous qui faites le plus de bruit là !
- Adjudant, souhaitez-vous être dégradé ?
- I don’t understand anything of…
- Toi, tu te tais !
- Capitaine, on approche du rocher.
- Merci Zhurc. A partir de maintenant, silence, compris ?
Les soldats acquiescèrent, remuant la tête de haut en bas. Marsh sortit son arbalète et son sabre, tandis que Zhurc prenait une hache de sa ceinture.
Le rocher était noir, frappé par l’écume et les rafales. Derrière se trouvait une petite plage, réputée pour ses nudistes, à qui l’adjudant Gerbir avait déclaré la guerre, mais qui passaient toujours dans les mailles des filets tendus par sa milice. Les « aventuriers » avancèrent prudemment, et rampèrent sur une petite butte qui surplombait la plage. Ils eurent alors une vision paradisiaque. Le rivage était parsemé de jeunes femmes nues, qui bronzaient au soleil, au plus grand plaisir des intrus. En effet, nulle trace de rebelles, gras et transpirant.
Ils restèrent à les contempler une demi-heure environ, cachés derrière les buissons, lorsque le détective fit un signe à Marsh. De la gauche d’une crique sortaient des hommes, armés pour la plupart. La réunion avait déjà due se terminer. Le corsaire reprit ses esprits, et commença à donner ses ordres. La surprise serait leur meilleur atout, Marsh disposa donc ses hommes de manière à encercler l’ennemi, tout autour de la plage.
La bataille des nudistes allait commencer !

***
Khazadrine avait beaucoup de mal à trouver cette taverne. La ville en comportait une bonne cinquantaine, toutes dans les endroits les plus invraisemblables. Lui et ses compagnons en avait déjà fouillé cinq, sans grand succès. Le seul avantage était qu’il en profitait pour goûter à la bière, même si l’une d’entre elles avait failli le faire vomir. Il avait bien essayé de se lier avec Todd, mais celui-ci ne faisait qu’observer les visages des clients, dans l’espoir de rencontrer un visage connu ou détesté. Les tenanciers les regardaient d’un œil agacé, déjà qu’avoir un nain pour client n’était guère courant dans la ville…La chance tourna alors qu’ils visitaient leur sixième taverne. Ils commandèrent des boissons et s’installèrent confortablement sur des chaises rembourrées. Le tavernier, un gros homme transpirant et suant, alla les servir lui-même. La taverne n’étant occupé que par une table de types discutant à voix basse, ils lièrent conversation.
- Voilà vos chopes, messieurs ! Ah, ça fait plaisir de voir de nouveaux clients, vous pouvez me croire !
- Vous n’êtes donc jamais plein ?
- Hélas, mon bon ami ! Tout ce que je sais, c’est que la plupart des types louches vont en face, dans ce repaire de… enfin bref, vous voyez ce que je veux dire…
- Pas vraiment, non…
- Tenez, je vais vous raconter une anecdote, vous m’êtes sympathiques !
Le nain adressa un sourire au tavernier, qui s’assit sur une des chaises. Le meuble craqua et tangua dangereusement. « Il se met à table », songea-t-il.
- Alors, monsieur le tavernier, cette histoire ?
- Oh, appelez-moi Roger !
- Roger le tavernier ?
- Oui, j’ai un cousin du même nom qui tient une taverne dans un volcan et…enfin bref, je m’égare ! Figurez-vous qu’un soir, c’était il y a trois jours…non, deux jours, ou peut-être quatre…Non, non, il me semble que…
- Hum…
- Oui, bon, on se fiche de la date, pas vrai ? Toujours est-il que j’ai aperçu un type louche marcher dans la rue d’un pas pressé. Vous me direz que c’est naturel de marcher d’un pas pressé, tiens, ma grand-mère marchait d’un pas pressé lorsqu’elle s’est cassé la rotule, et je marchais moi-même d’un pas pressé hier, non, c’était avant-hier il me semble, ou peut-être demain… Attendez, j’ai dis demain ? Ah ah ; c’est que je suis doué moi ! Je parle d’un événement qui se passera demain ! Vous trouvez pas ça drôle, vous ?
- Hilarant, tout simplement hilarant…
Todd venait de prononcer ces mots d’une telle manière que le nain faillit éclater de rire. Le discours de Roger était entrain de les porter vers la famille de ce dernier, ce qui les aurait certainement intéressé s’ils étaient ivres morts un soir d’automne.
- Bon, où en étais-je, moi ?
- Vous nous parliez de votre aventure nocturne…
- Ah oui ! Je m’suis dit : « Roger », que je me suis dit, « Roger, ce type là n’est pas normal ! Il marche comme ta grand-mère le jour où elle s’est cassée la rotule, et il se dirige vers le bar d’en face ! » Vous trouvez pas ça inquiétant, vous ?
- Si, si, bien sûr…
- Franchement, moi, ça m’a paru louche ! Alors je m’suis dit : « Tu devrais écouter aux portes, voir ce qu’il s’y dit ! Même si ta maman te disait toujours de ne pas le faire… », oui, vous voyez, ma maman avait plein de dictons comme ça, je ne vous en citerai pas, mais il y avait par exemple…
Khazadrine se demandait s’il devait étrangler le tavernier, l’assommer avec un tabouret, le faire parler plus rapidement en le menaçant avec ses griffes, ou le laisser continuer à son rythme. Il jeta un coup d’œil à Todd qui semblait être aussi endormi que sous l’effet d’un narcotique. Il décida donc d’opter pour la dernière solution, tout en essayant de presser un peu ce beau parleur.
- Et donc, que s’est-il passé ensuite ?
- De quoi ? Ah oui ! Je parlais de la nuit ! Oui, alors je me suis approché, et j’ai regardé à travers les fenêtres du bar à l’opposé de celui-ci, et devinez ce que j’ai vu ?
- Aucune idée…
- Des orcs !
Le nain poussa un grognement de dégoût. Bien qu’il ne soit plus du côté des gens libres depuis un certain temps, sa haine des orcs restait intacte. Son côté nain reprenait souvent le dessus lorsqu’il était question de ces êtres vils et cruels. Le tavernier parut satisfait de son petit moment de surprise.
- Oui, des orcs ! Mais ce n’est pas tout !
Il se rapprocha, avec un air de conspirateur.
- Il y avait aussi pas mal de gars encapuchonnés, aux allures de comploteurs. Et debout sur le comptoir, le type le plus effrayant que j’ai jamais vu ! Il était très pâle, avec les cheveux v…
Il se tut soudain, son visage blêmissant, regardant derrière ses interlocuteurs.
- Alors, vous cherchez des rebelles ?
Ils se retournèrent et se retrouvèrent nez à nez avec un orc aux dents jaunâtres. Les deux bondirent sur leurs pieds, prêts au combat. Ils virent alors que la taverne était entrain d’être envahie par des orcs et des hommes en armes. L’orc leur parla à nouveau :
- Je vous ai posé une question ! Vous cherchez les rebelles ? Les voilà !
Et il partit d’un grand éclat de rire. Les rebelles commençaient à les encercler de manière menaçante. Le nain sortit se griffes en grondant. L’orc recula prestement, mais se ressaisit au vu du nombre de ses alliés.
- Le gros nabot bedonnant combat seul ?
- Pas seul !
Todd fit apparaître ses rasoirs en un long mouvement fluide. Roger se glissa derrière son comptoir et saisit une énorme arbalète. Il cria d’une voix rauque :
- Sortez tout de suite de ma taverne ! Si vous voulez vous battre, allez dehors !
Les intrus flanchèrent légèrement face à l’énorme arme que tenait le tavernier, d’autant plus que celui-ci donnait l’impression de savoir s’en servir. Les armes que Todd venait de montrer ne les effrayèrent pas tellement, mais sa face blafarde les gardait à distance. Un silence de mort inondait la pièce. Soudain, un rire inquiétant le rompit. Les rebelles s’écartèrent au fur et à mesure pour laisser le passage à l’être le plus effrayant que Khazadrine ait jamais vu. Son visage était maquillé de blanc, ses yeux encerclés par deux taches couleur d’ébène, et sa bouche était étirée, comme coupée, et surlignée de rouge. Ce symbole horrifiant était encadré par une masse de cheveux gras, verts, luisants, contrastant fortement avec ses habits violets et une sorte de col rouge à pois jaunes. Pour parfaire cette vision effroyable, un rire froid et glacial semblait sortir de chaque recoin de la pièce, même s’il était clair que l’homme au masque en était la source. Le tavernier brailla :
- C’est lui ! L’homme dont je vous parlais tout à l’heure !
- Silence, gras-double !
La voix était vide de toute chaleur, mais ponctuée d’intonations démoniaques. Le nouveau venu s’avança, rejetant son manteau en arrière, de manière à mettre en évidence les couteaux de lancer parsemant ses habits.
- Bonsoir, messieurs ! Tel que vous me voyez devant vos yeux ébahis et tremblants, révulsés par l’horreur de me voir ainsi devant vous, je suis…le Moker.
Khazadrine réfléchit un bref instant afin de comprendre la phrase dénuée de sens que venait de prononcer le costumé. Ses manières onctueuses lui rappelaient étrangement Marsh, en un peu plus effrayant quand même. Ne sachant s’il devait agir immédiatement, il attendit.
- Malheureusement, je vous trouve trop fouineurs… Je vais donc me débarrasser de vous…Pourquoi cet air si sérieux ? Ce ne sera pas long… »
Et il partit d’un grand éclat de rire alors que ses hommes chargeaient.

***

Des cris. Des coups. Des corps. La bataille faisait rage sur la plage. Les projectiles des corsaires assombrissaient le ciel, malgré l’ordre de Marsh d’essayer de ne pas toucher les nudistes. La mêlée fut à son comble lorsque ses hommes dévalèrent la petite butte et frappèrent les rangs ennemis de plein fouet, au milieu des nudistes tentant d’échapper au choc du marteau et de l’enclume. Le capitaine s’élança à son tour, heurtant « fort malencontreusement » une jeune fille au hasard. Son sabre se planta dans la cuisse d’un rebelle incrédule, tandis que Zhurc écrasait deux malheureux sous son poids. Marsh se retourna juste à temps pour apercevoir l’adjudant Gerbir, l’air paniqué, aux mains avec trois conspirateurs, son sergent Cruchon poursuivant deux nudistes en tirant la langue. Il envoya son sabre en un long mouvement audacieux, tranchant le tendon de l’un, coupant une oreille d’un autre, pour finalement l’enfoncer dans l’omoplate du dernier. L’adjudant se releva, pantelant et essoufflé :
- Merci, capitaine, je ne sais pas ce que j’aurais f…Attention !
Une arme siffla dans son dos, mais le bruit fut interrompu par un cri d’agonie. Marsh vira de bord et vit Flac arracher la pomme d’Adam de l’agresseur.
- Mon Valar ! Mais c’est horrible, ce truc !
- Ce truc est mon singe, et si vous ne retirez pas immédiatement ce que cotre bouche acerbe vient d’émettre, je pourrais regretter de vous avoir sauver, adjudant !
- Oui, oui, très bien ! Bon, je vais chercher le demeuré… Cruchon !
Le capitaine replongea dans la mêlée, heurtant à nouveau les corps nus des jeunes filles épouvantées. Il en prit une par le bras et la questionna :
- Excusez-moi, délicieux ornement de cette plage, mais y aurait-il une sorte de falaise tentée par le vil désir de s’ébouler dans les trois prochains mois ?
- Je…je ne sais…à l’aide !
- Je ne vous veux aucun…
Il s’interrompit pour parer une attaque maladroite d’un rebelle véreux et sans doute émerveillé par la merveilleuse prise qu’il allait dérober au corsaire, du moins jusqu’à ce que la lame de celui-ci se plante dans son entrejambe.
- Désolé mon gars ! Tu ne risques pas de t’en servir avant longtemps ! Non, revenez, créature de rêve s’offrant à mon regard perspicace et langoureux !
Mais la fille s’était évanouie, terrorisée.
- Bon, je ne sais pas si le bouche-à-bouche est approprié, sachant qu’aucun de ces fripons qui me secondent n’est assez fiable pour ne pas tout raconter à ma dulcinée d’une jalousie équivalente à celle qu’entretient un troll devant un cadavre frais depuis quatre jours… D’un autre côté, si je commence à lui mettre des baffes, je risque de passer pour un violent sans scrupules… Zhurc ! Viens donc faire un bouche-à-bouche à la demoiselle !
Le colosse, couvert de sang, s’approcha, l’air timide, en écartant brutalement les belligérants qui lui coupaient la route.
- C’est-à-dire que…
- Allons, ne fais pas ton timoré ! Vas-y ! Je ne regarde pas ! Tiens, je vais même botter le train de ce mal élevé qui tente d’enlever ses vêtements pour maltraiter cette chère enfant, à l’autre bout de la plage…
- Groumf…
Le corsaire s’éloigna, laissant Zhurc seul avec la fille évanouie.
« Bon, il faudrait trouver une falaise et attirer tous ces gugus, puis malencontreusement leur faire tomber tout un pan de caillasses dessus… Mallow, à toi de jouer ! »
Il chercha des yeux la déformation désirée, et en trouva une paraissant prête à s’écrouler. Alors qu’il allait mettre son plan à exécution, il entendit un des rebelles crier d’une voix où perçait la panique : « Fuyez ! Nous sommes submergés ! »
- Victoire mes hommes ! Capturez des prisonniers !
- Oui cap’ !
- Et on doit aussi capturer des nudistes ?
- Pourquoi faire ?
- Ben, s’il faut des témoins…
- Oui, je vois, des témoins que tu pourrais interroger en profondeur…
- Ben, c’est-à-dire que…
- Hum hum !
Marsh se retourna et poussa un juron de dégoût. Devant lui se tenait, fièrement campé sur deux jambonneaux gras et luisants, un nudiste dont le triple menton quadruplé se confondait avec un ventre rondement dodu, cachant par bonheur son intimité aux yeux des observateurs tétanisés.
- Excusez moi, petit freluquet dépenaillé, mais j’exige réparations !
- Mais encore ?
- Vous vous êtes immiscés dans une honnête séance de bronzage quotidien, de nous autres naturistes, en surgissant comme des sauvages assoiffés de sang bordeaux coulant à flots devant nos yeux emplis d’un ébahissement sans bornes, dont la monotonie fut rompue par les cris d’une terreur macabre et cruelle qui inonda nos jeunes amies, dont…
- Pardonnez moi de vous interrompre, monseigneur du mollet gonflé, mais pour quelle raison pratiquez vous cet art perversifié et vil qu’est le naturisme ?
- Je m’insurge ! Je suis tout bouleversé par ces billevesées grotesques dont vous…
- Allons, entre nous, vous êtes un homme comme les autres…Vous les aimez, ces petites coquines, n’est-ce pas ?
- Hum, c’est-à-dire que…enfin, voilà…il n’y a pas d’autres endroits aussi pourvus de jolies croupes et…
- Somme toute, vous êtes un petit voyeur, hein, heureux polisson ?
- A peu près, oui…
- Très bien, c’est ce que je voulais entendre ! Adjudant, arrêtez moi cet homme !
- Comment ? Mais vous…
- Il s’est rendu coupable de voyeurisme sur la personne de ces charmantes jeunes filles, et est accusé d’outrage aux personnes ici présentes !
- Mais vous ne pouvez…
- Allons, pas d’histoires mon gaillard ! Cruchon ! Prêtez moi main forte ! Nous allons le coffrer, ce gus malingre et bouffi !
- Oui mon adjudant, tout de suite mon adjudant !
Marsh revint vers ses hommes, satisfait. Il vit Zhurc, les joues roses, soutenir la jeune fille évanouie, qu’il avait emmitouflée dans une serviette qui traînait là. Celle-ci, la fille, pas la serviette, le regardait avec admiration, l’air follement amoureuse.
« Une bonne chose de faite ! Ce gars était un peu seul, à mon goût… »
- Bon, c’est pas tout ça, mais amenez moi quelques prisonniers, qu’on puisse les cuisiner amicalement…
Soudain, un gros bonhomme rougeaud et couvert de sueur se montra sur la petite butte. Il courait à en perdre haleine, et lorsqu’il vit les corsaires attroupés autour de Zhurc, qui dominait tout le monde, il s’avança vers lui d’un pas chancelant.
- Monsieur Mallow ? Je m’appelle Roger, je suis…kof kof…je suis tavernier…kof kof… et je…beuargh !…je viens de la part du… torg !…nain Margarine…non, Ptitcopine, non…ah, j’ai oublié son nom !
- Dis-donc, vous…
- Laissez-moi, vous ! Je…kof…parle à monsieur Mallow !
- Mais c’est moi Mallow, bougre d’abruti !
- C’est vous ? Oh, pardonnez moi, je ne savais plus ce que je disais, c’est comme le disais ma grand-mère, pas l’unijambiste, l’autre, celle qui louchait ! « Roger », qu’elle me disait, « tu vas finir par t’attirer des ennuis à vouloir aller trop vite », et voilà que je vous confonds par mégarde, et…
Le capitaine regarda ses hommes. Ils abordaient tous un air totalement exaspéré, mais gardaient tout de même leur sérieux.
- Bon, monsieur Roger, vous parliez de Khazadrine…
- Voilà, c’est ça ! Ah, que monsieur le capitaine m’excuse, j’ai toujours eu une mémoire défaillante, comme ma marraine, d’ailleurs, qui est la fille de mon oncle par alliance, marié à la belle-sœur de…
- Et donc ? Qu’est-il arrivé au nain, crétin ?
- Non ! Ne me frappez pas, j’ai fais tous ce que j’ai pu !
- Mais je ne te frappe pas ! Je t’interroge !
- Et bien, le nain a été fait…avec son copain le barbier…prisonnier !

***

Khazadrine ouvrit les yeux. Tout était encore flou autour de lui, et il ressentait une douleur cuisante derrière son crâne. Il se demanda où il avait été emmené, puisqu’il était de toute évidence attaché par de solides chaînes. Il resta un moment les yeux fermés, tentant de se rappeler pourquoi il était prisonnier. Au bout de quelques minutes, tout lui revint. L’entrée dans la taverne, la connaissance du bavard, l’arrivée du Moker, puis l’attaque de ses troupes. Trois contre une petite armée ! Il voulut renifler, mais le sang coula sur son nez, cassé. Il sentit une profonde entaille sur son appendice. Un coup de couteau du clown, sans doute. Il revit le duel qui l’avait opposé à son adversaire dément. Des accessoires tranchants sortaient de toutes ses poches, et le fou ne ratait presque jamais sa cible. Il tenta de compter ses blessures, mais abandonna à la septième, son corps meurtri le martyrisant à chaque instant. La plupart des plaies étaient dues au Moker, les coups des rebelles et des orcs n’étant souvent pas assez précis pour toucher le nain, d’une agilité surprenante pour ceux de sa race. Il avait dû en tuer une bonne dizaine, avant de s’effondrer, en surnombre et transpercé de part en part. Un coup de gaffe l’avait étourdi, et ses adversaires réussirent à le bloquer en l’enroulant dans un filet de pèche qui décorait le mur de la taverne. Pauvre Roger ! Son établissement ne devait être qu’un tas de braises rougeoyantes en ce moment. Il se souvint que son opération pour le faire s’échapper semblait avoir réussi, puisque le tavernier était parvenu à se faufiler derrière les rangs des assaillants, après en avoir occis trois grâce à son arme imposante, et deux orcs s’étaient retrouvés cloués au sol par un des tonneaux que le brave homme avait lâché sur les agresseurs. Le nain sourit à ce souvenir, mais le simple fait de bouger sa bouche lui arracha un gémissement. Il réussit enfin à ouvrir les yeux, mais la pièce était plongé dans l’obscurité, ce qui ne l’empêcha pas d’entendre un soupir à sa gauche. Il essaya de tourner la tête, mais son cou paraissait comme immobilisé sous l’effet d’une drogue. Il devina qu’l s’agissait de Todd, et en fut certain lorsque la toux caractéristique du barbier se fit entendre. Le beau-frère du capitaine s’était également bien battu, tranchant les gorges de ses adversaires avec ses rasoirs aiguisés. Alors que la spécialité du nain se situait dans l’émasculation presque systématique de ses ennemis, le barbier semblait apprécier plus particulièrement les jugulaires sanglantes et tranchées. Il le revit s’affaisser après avoir reçu un coup de couteau du clown dans les côtes inférieures droites, heureusement assez éloigné du cœur et du poumon. Il avait dû être légèrement soigné, car le Moker avait bien exprimé son désir de les capturer vivant. Il se demanda d’ailleurs où était celui-ci ainsi que ses complices, puisque les deux compagnons semblaient seuls dans la pénombre. Il décida de parler avec Todd, mais ne parvint qu’à sortir des gargouillements gutturaux. Une voix froide rompit le silence.
- N’essayez pas de parler, vous avez été drogué par un…médicament de ma composition. Vous n’aurez le loisir d’utiliser à nouveau votre voix bourrue que d’ici deux heures sept minutes et dix-neuf secondes exactement.
Le nain sentit sa colère revenir. Depuis combien de temps ce comique les regardait-il, et comment pouvait-il les voir ?
- Cela fait environ une heure que je vous observe, mais ne vous inquiétez pas, mon petit nain, je suis à moitié nyctalope, ayant été élevé dans une grotte remplie de créatures effrayantes, chauve-souris, arachnides…
Le nain eut un sursaut. Ce type complètement dérangé lisait-il dans les pensées ?
- Oh, non ! C’est juste que la plupart de mes prisonniers que je ne drogue pas ont les mêmes impressions, et beaucoup d’entre eux pensent à voix haute… Mais je vous rassure, il vaut mieux pour vous que vous soyez drogués, vous sentirez moins la douleur !
Et il partit d’un grand éclat de rire, qui glaça littéralement le sang du nain. « Si je m’en sors, je l’envoie six-pieds sous terre ou à l’asile…si je m’en sors… »

***

- Prisonnier ? Comment ça ?
- Comme je vous le dit ! C’est l’autre fou qui les a attrapés, mais moi j’ai pu m’échapper, car comme le disait ma grand-mère, il faut toujours regarder autour de soi, et de toute évidence les bandits ne l’ont pas fait, puisque…
- Bon, tu vas nous mener à ton auberge, et nous on va punir ces zigotos…
La petite troupe se mit en marche, menee par le tavernier. Celui-ci continuait de parler de sa famille a la trente-troisieme generation, tant et si bien que le corsaire du lui attacher un baillon autour de la bouche. Le tavernier semblait partage entre l’idee de s’enfuir a toutes jambes, le plus loin possible de ces rustres brutaux, ou bien continuer pour sauver le nain qui avait ete gentil avec lui. Finalement, ils arriverent dans la rue du desastre. Lorsque Roger vit le tas de ruines fumantes qui avait pris la place de sa chere taverne, il chancela. Marsh dut le retenir afin d’eviter qu’il ne s’ecroule sur les braises rougeoyantes.
- Desole mon gars…
Le tavernier se releva, une lueur feroce dans le regard.
- Tres bien, ils m’ont cherche, ils m’ont trouve… Venez, leur repaire est par la…
Les hommes avancerent jusqu’a l’impasse. Tout etait silencieux. Marsh sortit son sabre et marcha lentement jusqu’a l’endroit indique par le tavernier. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit un cadavre sur le pas de la porte ! Il regarda autour de lui et eut un sursaut d’effroi. La rue etait encombree de corps sanguinolents ! Le corsaire tourna lentement sur lui-meme, lorsqu’une voix rompit le silence.
- Alors mon chou ? On tente de s’amuser sans moi ?
Il eut un frisson d’excitation. « Stormwen, ici ? Mais comment ? »
La jeune femme sauta de la goutiere sur laquelle elle etait perchee. Elle se jeta sur Marsh et l’embrassa avec ferveur, le capitaine lui rendant son baiser. Enfin, leurs levres se separerent, et il donna l’ordre a ses hommes de le rejoindre.
- Il vallait mieux etre seuls pour ce petit moment d’intimite !
- Oh, nous n’etions pas seuls, loin de la !
Elle emit un petit claquement de doigts, et aussitot des hommes surgirent de tous les interstices et caches de la rue. Marsh sourit en reconnaissant les ravageurs, toujours aussi bien coiffes et pleins d’entrain, a faire rire un tas de cendres…
- J’attends maintenant tes explications, cherie…
- Disons que ton ami le nain n’est pas d’une discretion redoutable lorsqu’il s’agit de ne pas se faire remarquer, et que quelques hommes pouvaient se trouver par hasard dans une taverne carbonisee maintenant…
- Je vois… Bon, quel est le plan ? Et s’il y en a un qui me rappelle le « plan Q » de la derniere fois, je le tue.

***

Le nain commencait a sentir ses membres s’engourdirent. Le Moker continuait son long monologue, ses prisonniers ayant decide de ne plus lui adresser la parole. Des cris rompirent le silence cree par la derniere phrase du Moker, « Les fourmis sont folles a lier ! Vous avez compris ? Fourmilier ! », phrase que Khazadrine considerait comme particulierement stupide, mais a laquelle il n’attachait plus d’importance. Les cris lui redonnerent courage, et il sentit Todd se redresser.
- Et bien, que se passe-t-il, la-bas ?
- Chef, les corsaires ! Nous sommes assieges !
- Dis-moi, pour venir ici, tu as bien du quitter ton poste, non ?
- Oui, mais…
- N’avais-je pas ordonne que personne ne quitte son poste ?
- Si, margh…!
La contestation mourut dans la gorge du rebelle alors que le Moker enfoncait lentement un coutelas dans son poumon. L’homme s’effondra, agonisant sur le sol.
- Je deteste qu’on me conteste. Ahah ! Vous avez vu, je fais des rimes bien entendu !
- Completement barge !
- Comment ? Qu’as-tu dis, miserable ver ?
Le clown marcha en direction de Todd, son arme a la main. Celui-ci avait souffle ces mots a voix basse, mais pas suffisamment. Khazadrine reflechit a toute allure. Sa corpulence naturelle lui permettait de se regenerer plus rapidement de ses blessures, alors que le corps rachitique du barbier devait etre mal prepare a recevoir de nouvelles blessures. Il lanca donc : « Ce n’est pas la peine de t’en approcher, c’est moi qui ai dit ca ! »
Le Moker se retourna, lentement.
- Oh ! Le petit bonhomme se sent courageux, attache comme il est et incapable de se defendre ? Tres bien…!
Le nain poussa un grognement de douleur lorsque le couteau se planta dans sa cuisse.
- Alors ? On fait toujours le malin ?
- Moi, non, mais toi, tu ne vas plus le faire longtemps non plus !
La porte venait de s’ouvrir a la volee, et des hommes surgirent de l’ouverture, accompagnes par des orcs hurlant.
- On dirait que mes copains arrivent… C’est embetant, non ?
- Tres bien…
Le Moker enleva sa lame du membre ensanglante du nain, puis rit.
« Petard, ce type est capable de se gondoler a n’importe quelle heure ! »
Des coups furent tapes a la porte. Khazadrine vit les orcs tenter de la tenir ferme, tandis que les rebelles se preparaient a tirer sur tout assaillant passant l’ouverture. Les coups retentirent de plus belle, et soudain une hache traversa le bois, s’enfoncant dans le bras d’un orc. Il entendit la voix de Marsh dire « Merci Zhurc ! », puis la porte se detacha de ses gonds et tomba sur un orc, incapable de la retenir seul. Il hurla : « Des archers vous tiennent en j…! » mais sa phrase fut etouffee par un coup de poing du Moker, qui se tenait pret, ses couteaux leves. Alors que le premier ravageur penetrait dans la salle, les projectiles volerent. Le malheureux fut transperce de toutes parts, mais reussit a planter son sabre dans le torse d’un orc, avant de succomber. Seul le Moker n’avait pas lance ses armes, et il hurla : « Rechargez ! Rechargez abrutis ! » Mais les rebelles etaient trop stresses pour pouvoir se reprendre convenablement, et les corsaires entrerent a grands cris. Le clown lanca son premier couteau sur Marsh, qui l’evita de justesse en se faisant lui-meme un croche-pied, et son deuxieme sur Zhurc. Le colosse saisit un orc en guise de bouclier, et la creature mourut, l’arme dans la colonne vertebrale, avant d’etre projetee sur un groupe de rebelles. Les ravageurs massacraient les rangs ennemis, les orcs etant plus terrifies par leurs peintures de guerre et leurs cris que par leurs armes. Marsh lanca alors une attaque sur les rebelles, pointant son arbalete sur l’homme de tete. Le sang gicla jusqu’a Todd, qui sentit sa soif de vengeance se reveiller. Les tirs corsaires firent mouche dans la plupart des cas, et les rebelles furent acheves a l’epee. Zhurc et Stormwen combattaient une petite troupe d’orcs, la hache du geant faisant des merveilles, tandis que la jeune fille qu’il avait secouru, Enarilyn, restait cachee derriere la porte sur son ordre. Le Moker etait le seul a rester au milieu de la bataille, encore invaincu par ses ennemis, ses couteaux transpercant les gorges des corsaires tant et si bien que sa face blanchatre etait a present recouverte de sang. Khazadrine vit enfin Marsh accourir vers lui, et le capitaine lui detacha le bras droit. Il fut interrompu par un rebelle qui lui lanca une petite dague, que Flac saisit au vol et renvoya dans l’oreille d’un autre rebelle. L’homme croisa le fer avec le capitaine, avant de se retrouver dos au nain.
- Je serais toi, je ne me positionnerais pas dos au mur, garcon !
- Qu’est-ce q…?
Le rebelle se retourna et se retrouva avec les griffes de Khazadrine dans le nez.
- Merci, Marsh ! Ca fait du bien de te revoir !
- La meme chose pour moi ! Mais sans sucre !
- Mouais…
- Bon, il est temps d’arreter ce clown degenere !
- Tu l’as dit bouffi !
Marsh bondit, la lame pointée sur le Moker. La scène défila au ralenti. Le clown se jeta en arrière, tout en attrapant Enarilyn qu’il avait repere depuis le debut du combat. Celle-ci fut projeté vers Marsh, et l’irréparable se produisit : le sabre se planta dans la chair tendre du sein, éclaboussant la figure du capitaine de sang. Il vit les yeux de la jeune femme s’écarquiller et luire d’un éclat de terreur, avant de s’éteindre à jamais. Il entendit le cri déchirant de Zhurc, le soupir de Stormwen, le juron de Khazadrine, et l’éclat de rire du Moker parvint enfin à ses oreilles. Il se releva, reprit son sabre en douceur, l’extirpant du corps de la jeune femme, et se rua sur son ennemi. Celui-ci l’évita à nouveau, et lança :
- Je crois que je viens de refroidir l’atmosphère ! Je suppose que même la plus drôle de mes boutades ne sauraient vous faire rire, donc vous m’excuserez si…
Un éclat de lumière verte, un bruit de verre brisé, et le Moker était parti, ayant commis son horrible forfait. Marsh le chercha des yeux, mais son regard ne tomba que sur le colosse pleurant sur la dépouille de celle qu’il n’avait pu aimer.
- Zhurc, je suis désolé.
- Désolé ? C’est toi qui l’as tuée. C’est toi !
Le géant bondit sur Marsh. Ils roulèrent au sol, le corsaire tentant de parer les coups de son ami, lorsque la main valide de celui-ci tomba sur un cimeterre orc. Il leva l’arme, et l’abattit en hurlant. Marsh crut son heure venue, mais trois griffes métalliques arrêtèrent le coup.
- Zhurc, je comprends ta colère, mais ce n’est pas la faute du capitaine.
- Traître !
Zhurc sauta sur le nain, mais celui-ci esquiva l’attaque. Il pointa ses griffes sur le colosse, l’air fatigué mais menaçant.
- Nous t’aiderons à attraper le fou maquillé, mais ne t’en prends pas à nous !
- Je pars…je m’en vais…pour toujours…
Le nain s’écarta, tandis que le corsaire soulevait avec douceur le corps de sa belle, une tache rougeâtre sur la poitrine. Il se releva, hésita un bref moment, puis sortit à d’un pas lourd, terrassé par le chagrin.

***

La nuit était calme, les rues désertes. Les derniers flâneurs déambulaient dans les rues, les derniers ivrognes brutalement expulsés des tavernes. La petite ville était plongée dans la tranquillité badine propre à la fin d’une période de troubles. Un cri rompit le silence monotone, suivi d’un grand brouhaha. Un homme massif courait, portant ce qui ressemblait à un cadavre sur ses épaules, et une étrange arme dans sa main droite. Le mendiant Fenryr vit que le fuyard semblait manchot, son bras gauche se terminant par un moignon entouré de bandages. Derrière lui se pressait, à quelques mètres de distance, le vendeur d’armes étrangères, Petitécur, accompagné de deux gardes. Lorsque l’homme tourna vers la droite, le marchand s’écria : « C’est un cul-de-sac ! Il est coincé ! »
Les gardes bloquèrent la rue, leurs hallebardes pointées vers le voleur. L’obscurité de l’impasse recouvrait d’un sombre voile l’inconnu, mais les deux hommes l’entendirent remuer, comme s’il posait un lourd fardeau sur le sol. Ils perçurent ensuite un bruit mécanique, puis un soufflement rauque interrompu par diverses gémissements plaintifs. Ils s’avancèrent d’un pas hésitant, emplis d’une frayeur renforcée par leur incapacité à voir leur adversaire.
- Ne…ne bougez plus !
- Si vous voulez…si vous faites du mal à…à la personne que vous portez, nous…nous devrons sévir !
- Ab…absolument !
- Lui faire du mal ?
Les deux gardes reculèrent, tétanisés. Il leur semblait avoir déjà entendu cette voix, mais elle était cette fois bien plus profonde, plus menaçante, mais aussi brisée, saturée par le chagrin. Le sergent prit la parole, plus tremblant que jamais :
- Zhurc ? C’est…c’est vous ? Vous devez remettre ce…ce que vous avez…v…volé…à l’armurier…
- Non… Je ne suis plus Zhurc…
- Venez avec nous…nous irons voir votre ami…le capitaine Mallow…
- Mallow… Le Moker… Vous m’avez entendu ? Je ne suis plus Zhurc…
- Allons…venez…Marsh Mallow vous aidera…
- NON ! Je ne suis plus Zhurc ! Je suis l’Estropié !
La dernière chose que le vieux Fenryr entendit cette nuit-là fut le cri déchirant des deux gardes, suivi de celui du bijoutier, qui lui souffla, agonisant dans ses bras tandis que son meurtrier s’éloignait à l’horizon, une jeune femme dans les bras :
- Il s’en est servi…

***
Marsh s’affala sur le lit a baldaquin, epuise. Il n’entendit Stormwen s’approcher que lorsque son souffle lui traversa delicatement le tympan.
- Ce n’est pas ta faute…
- Je sais… Mais je m’en veut. Zhurc n’aurait jamais du avoir a subir ca ! Si, finalement c’est de ma faute… Si je ne lui avais pas dit d’embrasser cette pauvre fille, elle ne serait pas…
Le mot ne sortit pas. Il revit le visage grimacant du Moker, son rire sadique resonnant dans sa tete endolorie. Il vit Stormwen se redresser, un air preoccupe sur le visage.
- Qu’y a-t-il ?
- Euh, j’ai quelque chose d’important a te…
La porte s’ouvrit a la volee. Marsh bondit du lit, le sabre au clair. Mais ce n’etait qu’un homme essouffle qui tenait un rouleau de parchemin a la main.
- Qui etes-vous ? On ne vous a pas appris a frapper avant d’entrer ?
- Desole, je n’ai pas le temps ! C’est pour vous !
Il posa le rouleau sur la table et sortit en courant.
- Curieux bonhomme… Je me demande ce que peut-etre ce courrier…
Il deroula le parchemin, et le lut avec attention. Son visage se tendait au fur et a mesure qu’il lisait. Finalement, il jeta la feuille a terre.
- On me demande de faire route vers Umbar en urgence ! Tous les chefs des villes de la cote sont convoques ! C’est bien le moment, tiens…
- Tu peux ne pas y aller, tu sais…
- Non, je suis curieux, et je ne veux pas une nouvelle revolte sur le dos sous pretexte que je n’ai pas obei a la « capitale »… Bon, que voulais-tu me dire ?
- Je ne sais pas si je dois… Je pense ne pas pouvoir aller la-bas.
- Pourquoi ? Tu es malade ? Assieds-toi…
- Ce serai plutot a toi de t’asseoir…
- A moi ? Mais je vais tres bien, moi ! Je ne me suis jamais senti aussi bien ! J’ai juste quelques problemes, mon garde du corps et ami a voulu me tuer, la ville est en cendres, je dois me rendre a l’autre bout de la baie, mais tout va bien…!
- Marsh, je suis enceinte.
- Tu es… tu es…
Et il s’evanouit.

 

Grob’ emoticone

 

Marsh Mallow, chapitre 5

- Nous ne pouvons pas aller à Casablancar, cela nous prendrait trop de temps et nous ferait sans doute perdre beaucoup d’hommes !
- Et que proposes-tu d’autre ?
- Moi, je sais, je connais un endroit où sont cachés plusieurs rebelles, ennemis du maire !
- C’est loin ?
- Assez, c’est dans une grotte près de la côte, à quelques jours d’ici.
- Très bien, mais qu’allons nous faire après ?
- On pourrait attaquer directement la prison, c’est le premier samedi du mois, ils doivent tous être au marché !
- Ca c’est un bon plan ! La baston, il n’y a que ça de vrai !
Le nain leva le poing en signe de victoire, les habits toujours maculés de sang. Marsh donna donc ses ordres, et le bateau partit vers la grotte des rebelles.

***
- Je croyais que ce n’était pas très loin !
Le navire voguait déjà depuis trois jours, et les provisions s’amenuisaient. Le capitaine avait dû instaurer un quota de nourriture par personne, mais celui-ci était presque épuisé. Les membres de l’équipage erraient sur le bateau, affamés et assoiffés. Soudain, l’un des hommes accourut vers Marsh, l’air épouvanté.
- Capitaine ! Capitaine ! Venez vite !
- Eh bien ! Qu’y-a-t-il, garçon ?
- Il faut le voir pour le croire !
L’équipage s’avança à la proue, regardant le point indiqué par le matelot. Là, sur un rocher au milieu de l’océan, un petit crabe rouge chantait.
« Le roseau est toujours plus vert dans le marais d’à côté, … »
Marsh prit sa tête dans ses mains.
- Compagnons, nous sommes soumis à une hallucination due à la fatigue et au manque de nourriture. N’y prêtez pas attention, nous arrivons bientôt…
- Capitaine ! C’est ici, je reconnais ! La grotte est derrière ce pan d’algues !
- Vous voyez, il faut être optimiste !
Il s’avança complètement à l’avant du navire, et cria :
- Qui que vous soyez à l’intérieur de cette grotte, faites nous entrer !
- C’n’est pas la peine d’hurler, ils sont là-haut.
- C’est amusant que ce soit toi qui me dises de ne pas hurler, « Hurlement du nain » !
- Très drôle !
Au-dessus d’eux étaient en effet postés deux archers maigrelets.
- Qui êtes vous ? Que venez-vous faire ici ?
- Nous sommes des ennemis d’un bureaucrate éléphantesque, et vous ?
Pour toute réponse, le pan d’algues s’ouvrit. Le navire entra dans la grotte, suffisamment grande pour l’accueillir. Les corsaires descendirent, et furent accueillis par un homme au faciès inquiétant. Un bandeau lui ceignait les cheveux, et un énorme anneau pendait à son oreille, source d’une cicatrice lui traversant le visage. Il était entouré par une quarantaine d’hommes, d’allure misérable, mais guerrière. Il s’avança en boitant :
- Les ennemis de mes ennemis sont mes ennemis.
- Pardon ?
- Désolé, le pessimisme, tout ça… Vous êtes donc des adversaires du maire de la ville de Carcasar. Bien, très bien… Je suppose que vous allez nous demander de vous accueillir, de vous nourrir, puis vous partirez comme la plupart des voleurs de votre genre…
- Mais pas du to…
- Allez, allez, je ne suis pas tout jeune, et j’ai une expérience des truands assez…
Khazadrine le saisit par le col, sortant ses griffes. Les hommes dégainèrent leurs armes, l’air menaçant.
- Maintenant écoute moi bien, tafiole. Nous avons besoin de toi et tes hommes pour délivrer nos amis de la prison de Carcasar, et nous vous offrons la possibilité de vous venger de manière exemplaire du proboscidien.
- Du quoi ?
- Du gros lard, imbécile !
L’homme se dégagea, et prit la parole de sa voix grave :
- On m’appelle Garnac.
- Moi, on m’appelle Pioche !
- Quoi ?
- Eh ben, y’a pelle, pioche… Bon, laisse tomber !
- Je suis le capitaine Marsh Mallow, et voici mon équipage. Nous avons besoin de vous pour secourir nos amis, et éliminer le maire, par la même occasion.
- Très bien, mais je vous préviens, je n’ai pas l’habitude d’être dirigé, et mes hommes n’accepteront qu’un seul chef, moi.
- Vous aimeriez vous en convaincre !
- Pardon ?
- Je disais : vous allez enfin le vaincre, le maire, hum ?
- Ah, je pensais avoir compris autre chose. Et sinon, vous aimeriez quelque chose d’autre ?
- Ouais, quand est-ce qu’on mange ?
Tous les regards convergèrent vers le nain, qui se mit à rougir fortement sous sa barbe.

***
Les marins restèrent une journée dans la grotte, faisant connaissance avec leurs futurs compagnons d’armes. Marsh apprit que Garnac était en réalité un oriental expert à l’arc et au combat à l’arme blanche. Il dirigeait un certain nombre d’hommes, avant d’être capturé et vendu comme esclave du maire de Carcasar. L’humiliation avait été si grande qu’il s’enfuit, et dirigea l’armée des rebelles. Celle-ci était maintenant en grand préparatif, chargeant la nourriture et les armes à bord du bâtiment. Ils partirent à l’aube, en direction de la ville. Le voyage fut chargé d’une lourde atmosphère, les deux capitaines rivalisant d’autorité vis-à-vis de leurs hommes.
Finalement, la ville apparut, au bout d’un voyage de trois jours. La prison était à une centaine de mètres, et le conseil du navire se réunit. Y étaient présents Marsh, Khazadrine, Aboubou, Stormwen, ainsi que Garnac et son second, un homme taciturne aux cheveux gras. Ils étaient en train de décider d’un plan d’action concernant l’attaque de la prison, lorsqu’un cor sonna. Ils sortirent tous de la cale en courant, et purent apercevoir deux vaisseaux sortir du port. A leurs bords, de nombreux hommes étaient préparés pour partir au combat, les armes levées en signe de victoire.
« Les ennuis commencent », souffla Marsh.
Le nain se frotta les mains :
- Chic, chic, chic ! Du gibier !
- Tout le monde sur le pont ! Branle pas l’compas !
- Pardon ?
- Branle-bas-le combat ! Aux balistes ! Arbalétriers, en position !
Les corsaires et rebelles s’affairaient. Ils allaient devoir affronter leurs adversaires sur les deux fronts du navire, selon une méthode d’encerclement. Chaque lieutenant préparait ses troupes. Marsh et Aboubou se réservaient les arbalétriers, Khazadrine ses corsaires porteurs de petits boucliers ronds. Garnac dirigeait ses gaffiers rebelles, tandis que Stormwen et ses ravageurs aiguisaient leurs lames en silence, sous le ponton. Les deux bâtiments ennemis s’approchaient à vive allure, s’éloignant du port.
- Je ne sais pas qui est leur tacticien, mais c’est surement un elfe ! Ils seraient bien plus forts près de leurs troupes terrestres !
- Moi, j’aimerais savoir qui les a prévenus de notre arrivée…
- Une intuition peut-être…
- J’en doute…
Le capitaine posa un regard sombre sur Garnac, qui était lui-même fort occupé à lancer des coups d’œil furtifs sur Stormwen. Ce prétendu chef allait devoir être remis à sa place, mais Marsh avait des choses plus importantes en vue pour le moment. En effet, les navires s’étaient arrêtés, à bonne distance des fugitifs. Plusieurs points enflammés apparurent alors dans le ciel, tandis qu’une nuée de flèches assombrissaient ce dernier.
- Des archers ! Tous à couvert !
- Alors, ce tacticien elfe ?
- N’empêche qu’il est trop près, et je m’en vais lui montrer rapidement !
Le nain se précipita au gouvernail, écartant violemment un malheureux au passage, qui s’écroula assommé par le coup.
- Bah…Qu’est-ce qu’il a ?
- Il n’aime pas avoir tort !
- Gonflez les voiles, bandes de charognasses, ou je vous les fais bouffer !
- Mais il y en a une en feu !
- Et ta sœur, elle est en feu ? Gonfle-la, où c’est la brasse-coulée pour tout le monde !
- Tu sais ce qu’elle te dit, ma sœur ?
- Quoi ?
- J’ai dit : « Tu risques d’arriver à l’heure » !
Le vent soufflait, les nuées de projectiles s’abattaient toujours sur le navire. Mais le nain gagnait du terrain, chose étrange pour un individu avec d’aussi petites jambes, m’enfin, passons… Les navires ennemis allaient bientôt être à bonne distance des tirs d’arbalètes, et Marsh rechargea la sienne. Une dizaine de ses hommes étaient déjà morts, transpercés de part en part par les flèches acérées. L’ordre qu’il hurla se perdit dans les rafales, mais les hommes, mus par le même instinct meurtrier, le comprirent et tirèrent. Les balistes défoncèrent le bastingage du plus proche navire, apportant mort et désolation, tandis que les carreaux se plantaient dans les corps flasques des gardes-côtes. Le mât central se brisa, emporté par trois tirs de balistes, écrasant deux hommes dans une marée de sang. Le navire commença à grincer, les hommes hurlant leur peur d’une manière inhumaine, mais le second était maintenant presque à portée d’abordage. Il n’était occupé que par une vingtaine d’hommes, proies faciles pour les pirates. Khazadrine lâcha la barre, et sortit ses griffes d’un air menaçant. Stormwen et ses ravageurs étaient eux aussi fin prêts, et Marsh décida donc de n’envoyer que ces vétérans à l’assaut, épargnant les autres pour l’attaque de la prison. La jeune femme acquiesça d’un signe de tête, et s’élança vers les occupants terrifiés, suivie par ses ravageurs qui hurlaient leur soif d’en découdre. Le nain ne s’embarrassa pas d’un grappin, prit son élan, et, d’un saut prodigieux pour sa race, atterrit sur les épaules d’un archer effaré. Un éclat argenté, et la tête du malheureux roula à terre, dans un flot de sang. La fureur des corsaires contrastait avec la peur panique des gardes-côtes. Les ravageurs arrachaient les membres de leurs adversaires, faisant voler les bras, les jambes et les organes des malheureux. Le sang coulait à flot, les hommes se roulaient à terre en regardant leurs entrailles dégouliner. Le capitaine ennemi sortit de sa cabine, l’air agacé.
- Qui sont ces gens ici présents ?
- Ceux que tu as attaqués, tafiole !
- Ah, oui, j’oubliais, ceux que le maire nous a ordonné d’arrêter, n’est-ce pas ?
- Sans doute, froussard. Maintenant, bas toi !
Stormwen venait de sortir son sabre, et le dirigeait sur l’ennemi. Elle avait une éraflure sur la joue, et du sang s’écoulait par petites gouttes de la blessure. Le capitaine la regarda en riant. « Une femme ! », pensa-t-il. Il dégaina à son tour, et les deux combattants commencèrent à se tourner autour. Soudain, il passa à l’attaque. Les lames s’entrechoquèrent, sifflèrent, fendant l’air à une vitesse hallucinante. Feinte, parade, botte, riposte, parade… et le premier sang gicla, la main gauche du scélérat volant dans les airs. Un hurlement, un gémissement plaintif, et la lame de Stormwen vint se ficher sur le cou de l’homme. Celui-ci, dans un dernier élan, se projeta en avant, et mourut sur le coup, le sabre dans la jugulaire.
- Drôle de suicide…pour une tafiole…
- Ce n’est pas drôle ! Mes hommes, nous prenons le commandement de ce navire !
- Ayah ! Ayah !
Stormwen regarda en arrière, et adressa un sourire à Garnac, qui lui rendit son sourire. Khazadrine vit le visage de Marsh s’ombrager.

***
- Bon, maintenant que ces deux navires ont été mis hors de combat, occupons-nous de la prison, et de délivrer nos amis.
- Désolé capitaine, mais nous avons un problème.
- Quel problème, Aboubou ?
- Celui-ci !
Un coup dans le dos fit tomber Marsh à terre. Deux hommes lui saisirent les bras, et les autres pointèrent leurs armes vers lui. Aboubou dirigea son visage face à celui du corsaire, son unique œil fixé sur lui. Son haleine putride dégoutait Marsh, mais celui-ci soutint son regard.
- A quoi joues-tu, imbécile ?
- Je m’approprie le commandement de ta flotte, et de tes hommes. Nous allons tranquillement faire voile vers le port, et te livrer à une personne qui sera sans doute ravie de te revoir, si tu vois de qui je veux parler.
- Scélérat ! Je suppose que tu nous as mené dans la grotte de tes amis en espérant recevoir leur aide pour tes plans pathétiques », fit Marsh en voyant Garnac approcher, le sourire aux lèvres.
Aboubou eut un rire dément, rejetant sa tignasse grisonnante en arrière.
- Ne t’inquiètes pas, ce sera sans douleur !
- Vous aimeriez vous en convaincre !
- Plaît-il ?
Le corsaire effectua une pirouette arrière, se délivrant de la saisie de ses geôliers. Il prit son élan et voulut sauter sur le navire de ses amis, mais la mer les avaient séparés, et Marsh tomba à l’eau. Les ravageurs se précipitèrent pour l’aider, mais les carreaux des arbalétriers d’Aboubou les en empêchèrent, et un filet fut lancé pour repêcher le capitaine. Celui-ci suffoquait, empêtré dans les maillons serrés. Le nain hurla en direction d’Aboubou :
- Hé ! Qu’est-ce qui se passe ici ?
- Je te conseille de rester à ta place, nabot, si tu ne veux pas voir ton ami mourir sur le champ !
- Quoi ? Tu as bien dit « nabot » ?
- Du calme, Khazadrine. Aboubou, pourquoi nous trahir ?
- Oh, ne t’en fais pas, Stormwen, je suis certain que Garnac sera ravi de ta soumission… !
- Jamais !
- Amenez votre bateau jusqu’au port, sinon, il meurt !
Les deux bâtiments se dirigèrent vers le port, presque côte à côte.

***
Dans la prison, Zhurc se lamentait sur son sort. Cela faisait presque une semaine qu’il était enchaîné, les poignets liés derrière le dos. Personne n’allait donc le chercher ? Flac lançait des petits cris apeurés chaque fois que la porte s’ouvrait. Lui aussi était attaché, par le cou, au mur. Soudain, une dalle de sa cellule bougea. Elle s’ouvrit, sous le regard ahuri du corsaire, et une main en sorti.
- Alors, Homerell, on est dehors ?
- Je sais pas, Moe, il fait soif ici !
- Grimpe, imbécile !
- Mais, Moe, Jart ne suis pas, on devrait…
- Tais-toi, Willy Am’, c’est moi le chef ici ! Et toi, escalade !
Zhurc vit une tête jaillir de la trappe. Un homme sortit, habillé en bagnard, à l’allure bedonnante et moustachue.
- C’est bon Moe, on est dehors, il y a du monde ici !
- Quoi ?
Le dénommé Moe évacua le tunnel et regarda Homerell en hurlant. De toute évidence, ces prisonniers tentaient de s’évader. Zhurc saisit sa chance.
- Dites, ça vous dirait de nous détacher, moi et le singe ? On pourrait vous aider !
Les deux hommes se calmèrent, tandis que deux autres têtes émergeaient.
- C’n’est pas faux !
- C’est donc vrai !
- La ferme ! On te détache, mais si tu promets de nous aider !
Zhurc émit un signe de tête. Le plus petit sortit une lime et commença à le détacher. Le pirate arracha alors la chaine du cou de Flac, et s’étira. Il se dirigea ensuite vers la porte, prit son élan, puis donna deux coups d’épaule dedans. La porte s’ouvrit avec fracas, devant le garde abasourdi face à cette invasion massive. Flac lui sauta à la gorge, tranchant la jugulaire de ses petites dents. Zhurc sourit. L’invasion de la prison commençait !
***
Les vaisseaux arrivèrent au port, devant l’entrée de la prison. Le maire les attendait, un sourire goguenard aux lèvres. Une trentaine de gardes l’encadraient, par précaution. Une cinquantaine d’autres patrouillaient dans la ville. Aboubou descendit le premier, tel un grand seigneur, suivit par Garnac et ses hommes. Dès que celui-ci vit le maire, son visage s’assombrit. Le gros homme s’avança, les bras tendus vers le borgne.
- Vous avez… l’ « invité » ?
- Comme convenu. Je vous offre Mallow pour le prix que nous avons déterminé, mais voici aussi les rebelles !
- Bravo !
- Quoi ? Tu nous as trahis aussi ? Scélérat ! Mes hommes, avec moi !
Les soldats les encerclèrent, hallebardes pointées.

***
La prison formait un véritable labyrinthe. Zhurc commençait à désespérer, perdu dans les couloirs, à la tête de sa petite troupe. Au sortir d’un couloir, il entendit des éclats de voix sur la gauche. Les fugitifs s’arrêtèrent, tandis que les cris s’intensifiaient. Ils s’approchèrent lentement, et Moe, le plus furtif, risqua un œil de l’autre côté du mur. Ce qu’il vit lui souleva le cœur. Trois hommes étaient entrain de battre une fillette d’une dizaine d’années, sous le regard horrifié de cinq autres, enchaînées. Il fit part de sa découverte à Zhurc, qui, pour toute réponse, s’avança à la lumière. Les trois scélérats se tournèrent vers lui, apeurés. Le géant gronda, et, dans un souffle, leur dit :
- Pourquoi ne pas me frapper, moi ?
- C’est-à-dire que…
- Ce n’est pas ce que vous croyez…
- On plaisantait, hein…
- Pas moi.
Le colosse fonça sur eux en hurlant. Deux purent l’éviter, mais le troisième n’eut pas cette chance. Le choc fut si brutal qu’il atterrit de l’autre côté de la pièce sur le mur, la tête ensanglantée. Il ne se releva pas. Les deux autres gardes tentèrent de fuir, mais ils se heurtèrent aux quatre Dalpsons, qui firent craquer leurs jointures. Les scélérats brandirent le bâton et le fouet qui leur servaient d’instrument de torture. Un claquement sec, et la joue de Willy’Am fut traversé d’une raie rouge. Le misérable leva à nouveau son fouet, mais Zhurc avait attrapé le bout de l’arme, et s’empressait d’étrangler son propriétaire en lui enroulant la corde autour du cou. Les quatre frères se jetèrent sur le dernier garde, qui succomba sous les coups, malgré son bâton. Les prisonniers s’écartèrent du malheureux, recouvert de sang et d’ecchymoses. Flac prit les clés à la ceinture du premier garde, et libéra les fillettes. Celles-ci pleuraient, et leurs sauveurs remarquèrent que plusieurs étaient blessés, des entailles leur traversant le visage et les membres. Zhurc en prit une sur son dos, et une autre dans ses bras, tandis que les quatre frères en portaient chacun une, bien que Moe ait quelques difficultés. Tout cela se passa dans le plus grand silence, toute la troupe étant encore choquée par ce qui venait de se produire. Ils repartirent à la recherche d’une sortie, s’enfonçant dans les couloirs nauséabonds. Au bout d’une dizaine de minutes, ils arrivèrent devant une petite porte. Homerell l’ouvrit, et ils purent distinguer un escalier. La montée s’avéra être ardue, surtout pour Zhurc qui touchait presque le plafond, et qui portait deux filles. Jart regarda prudemment en haut des marches, et fut comblé de joie en voyant la porte principale de la prison. Malheureusement, celle-ci était gardée par deux gardes, armés d’hallebardes acérées. Il en référa à Zhurc, qui leur dit de poser les gamines, pour ne pas leur faire prendre part à l’affrontement. Celle qu’il portait sur son dos lui souffla quelques mots à l’oreille, et Zhurc approuva. La gamine se précipita alors vers les gardes, et leur parla avec animation. Ils se ruèrent alors vers les escaliers, la fillette restant en retrait. Alors qu’il contournait le mur pour prendre les escaliers, le premier garde fut stoppé net par le poing colossal de Zhurc, et projeté avec une force destructrice sur son camarade. Les deux hommes furent sonnés, suffisamment pour que les dagues récupérées au sous-sol se plantent dans leurs gorges. Les fugitifs se dirigèrent donc vers la porte principale, et s’apprêtaient à l’ouvrir, lorsqu’ils entendirent des voix de l’autre côté. Zhurc glissa un œil à travers la petite fenêtre, et ce qu’il vit le stupéfia. Son capitaine était enroulé dans un filet de pêche, à terre devant le maire et Aboubou. Ils étaient entourés de beaucoup de gens, des gardes et des prisonniers, apparemment. Un nain se tenait courbé, accompagné d’une jeune femme et de plusieurs guerriers à l’allure terrifiante. Zhurc vit Aboubou lancer un coup de pied à Marsh, et gronda. Il s’était toujours méfié de ce forban, avec son œil crevé, sa cicatrice et ses airs doucereux. Voyant que les gardes étaient relativement nombreux à être postés devant la prison, il décida d’agir. Il avisa plusieurs poutres de belle facture, qui servaient sans doute pour les pendaisons de la ville. Sous ses ordres, les quatre frères et lui-même en soulevèrent une, la plus imposante. Ils firent s’écarter les fillettes, prirent leur élan et cognèrent la porte avec force. Le bruit résonna dans toute la cour, faisant fuir les rapaces entassés sur les murs. La porte n’avait pas cédée, mais était sérieusement ébranlée. Ils réitérèrent leur assaut, et cette fois, la porte s’effondra avec un bruit sourd, sur les gardes paniqués. Zhurc hurla sa rage à travers un seul mot : « ABOUBOU ! »

***
Le chaos fut total. Les gardes criaient, écrasés par la lourde porte. Un tapis de sang se propagea jusqu’à Marsh, qui tentaient de se délier de ses liens. Khazadrine accourut, sortant ses griffes, et déchiqueta le filet de pèche. Le corsaire se releva, tandis que le nain se joignit à la mêlée générale. Les griffes sorties, il commença à déchirer le thorax d’un soldat, tout en coupant le poignet d’un autre. Stormwen lança une percée à travers un régiment d’hallebardiers, à la tête de ses ravageurs. Alors qu’ils allaient s’embrocher sur les armes pointues, ils firent exprès de glisser pour passer dessous, et trancher les membres inférieurs des soldats. Ceux-ci s’effondrèrent en hurlant leur douleur, leur sang arrosant les corsaires qui s’en délectaient. Les hommes de Garnac étaient aussi révoltés que les autres, d’autant plus que leur chef les avaient envoyés à la mort, sous prétexte d’une alliance pouvant rapporter gros. Marsh venait de se remettre debout, quand un sabre lui coupa une mèche de cheveux. Il se retourna en faisant une pirouette, lui permettant de voir cinq soldats qui l’entouraient, l’air terrifié. Il dégaina son sabre et le planta dans la jugulaire de son agresseur. Le sang jaillit et aveugla un autre soldat. Celui-ci eut la poitrine perforée, ses organes internes se vidant sur le sol à une vitesse effrayante. Un autre attaqua Marsh, mais son assaut ne toucha qu’un de ses compatriotes, la lourde hallebarde ayant été déviée par le sabre du corsaire. L’arme étant coincée dans la jambe du soldat, le capitaine fit tomber ses attaquants en saisissant la hallebarde et la faisant tournoyer. Les soldats s’effondrèrent, et Marsh les acheva. Soudain, il entendit un cri. Il vit Zhurc s’effondrer, le bras en sang. Aboubou bondit pour se cacher au cœur de la ville, à l’abri de la fureur des corsaires. Marsh se lança à sa poursuite.

***
Le silence était effrayant, comparé au bruit du combat du port. Les rues étaient désertes, mais Marsh entendait des pas rapides. Il les suivait depuis le port, se doutant qu’il s’agissait d’Aboubou. Le traître avait blessé Zhurc, il allait le payer ! Soudain, il n’entendit plus rien. Il s’approcha prudemment, et inspecta la rue. Personne ! Un bruit, en haut ! Marsh leva les yeux et vit le forban grimper sur le toit d’une maison. Il bondit à sa suite, tout en tentant de faire le moins de bruit possible. Lorsqu’il arriva sur le toit, il aperçut Aboubou en face de lui.
- Je t’attendais, cap’ !
- Scélérat ! Tu vas payer !
- Un petit duel, ça te tentes ? Argh !
Marsh avait déjà envoyé son arme en avant, et Aboubou n’eut que le temps de parer l’attaque, avant de pouvoir répliquer. Le combat fut à égalité entre les deux adversaires, les parades succédant aux feintes. Finalement, Aboubou lança son sabre vers Marsh, alors même que les tuiles se dérobaient sous le poids du corsaire. Celui-ci n’eut que le temps de brailler son désarroi avant de tomber dans le trou, le bras entaillé. Aboubou poussa un cri de victoire, et s’esquiva.

***
La chute parut interminable à Marsh. Il s’attendait à mourir, mais il ne se cogna contre aucun objet solide. En effet, le toit sur lequel il avait combattu le traître n’était autre que celui des salles thermales de la ville, et le corsaire tomba dans une piscine. Il sortit la tête de l’eau, reprenant sa respiration, et ouvrit les yeux. Une vision de paradis s’offrit à lui. Il était tombé au beau milieu du bassin réservé aux femmes, et se trouvait entouré d’une vingtaine de représentantes du sexe opposé. La plupart étaient nues, ou couvertes d’un léger voile qui les recouvrait en partie. Plusieurs s’approchèrent pour observer l’étranger, et Marsh eut ainsi le loisir d’admirer leurs superbes corps. Alors qu’il s’enhardissait, il entendit un toussotement agacé, suivit d’une exclamation : « Marsh Mallow ! »
Il tourna la tête, et rougit violemment. Stormwen se tenait dans l’encadrement de la porte, les mains sur les hanches, tandis que le nain admirait éberlué toutes ces jouvencelles, la bave aux lèvres. Le capitaine s’écarta vivement des demoiselles, et rejoignit ses compagnons en maugréant. Il était trempé des pieds à la tête, et était obligé de stopper ses jouissances intellectuelles. Stormwen le regardait d’un œil noir, tandis que Khazadrine ne parvenait toujours pas à détacher son regard des jolies croupes. Finalement, le trio sortit du bâtiment, et la jeune fille dit d’un ton grave :
- Zhurc est blessé… On risque de devoir l’amputer.
- Quoi ? Où est-il ?
Ils arrivèrent au port en trombe, où ils virent le colosse entouré de nombreux corsaires, un bandeau rougi par le sang autour de la main. Marsh se laissa tomber à côté de lui, misérable. Il s’en voulait de n’avoir pu tuer Aboubou, le responsable de cette tuerie. Khazadrine, qui avait des compétences « chirurgicales », s’approcha, les griffes sorties. Zhurc émit un bref signe de tête, préférant éteindre la douleur et une possible maladie. Le nain demanda aux autres de s’écarter. Ils obéirent. Ils virent avec effroi le bras griffu se lever, et retomber d’un coup sec, tandis qu’un hurlement retentissait dans tout le port.
- Stormwen, aide-moi à stopper l’hémorragie !
- J’ai un drap, si ça peut t’aider !
- Oui, oui, allez, plus vite ! Et toi, ne fais pas ta tafiole, arrêtes de gémir comme un elfe !
L’ambiance se réchauffa lorsque le bandage fut enfin réalisé, et que Zhurc s’endormit, un sourire aux lèvres.
Des corsaires s’approchèrent de Marsh, tenant le maire. Celui-ci avait une entaille au-dessus de l’œil droit, et le nez couvert de sang coagulé.
- Comment allez-vous, monsieur le maire ?
- Laissez-moi partir, par pitié !
- J’hésite : devons-nous vous emprisonner et vous faire subir les tortures que vous infligiez à vos prisonniers, ou devons-nous vous pendre pour le bien-être de cette ville ? Je crois que nous allons faire les deux, vous êtes d’accord, n’est-ce pas ?
- Au secours ! Lâchez-moi, par pitié !
- Emmenez-le !
Le proboscidien hurlait toujours, lorsque Garnac se dirigea vers Marsh. Il mit un genou à terre, et déclara :
- Ma trahison me couvre de honte. Faîtes ce que vous voulez de moi, capitaine.
- Je ne te tuerai pas, car toi et tes hommes avez participé à la victoire ! Cependant, tu es banni de la ville de Carcasar, mais tu peux rester dans le périmètre, si cela te sied.
- Merci, capitaine.
Marsh se hissa sur un tonneau, et rugit :
- La ville est à nous !
- Ayah !

***
Le calme était revenu dans la ville. Les hommes faisaient la fête, buvant et dansant autour de feux de joie. Zhurc et Khazadrine jouaient aux échecs, le géant étant encore pâle, le bandeau autour du bras.
Marsh et Stormwen marchaient le long du port. Ils se tenaient la main, lorsque la jeune femme prit la parole :
- Tu as été un vrai chef aujourd’hui… Dommage que tu ne l’ais pas tué !
- Parlons d’autre chose… Je n’aime pas penser à ma défaite !
- Pourquoi parler, alors que l’obscurité permet d’envisager bien d’autres possibilités ? Tu n’avais pas l’air insensible aux charmes féminins, dans le bassin…
- Vous aimeriez vous en convaincre, chérie…
Et ils s’embrassèrent, la lune les baignant d’une lumière fantomatique.

« Echec et mat ! »
Le nain venait de renverser le roi du colosse. Celui-ci sourit, dépité.
- Allons, ça te dirais un petit tour aux bains pour te remettre de cette cuisante défaite ? J’y ai vu de très charmantes créatures tout à l’heure !
- Je me sens un peu faible. Mais je te remercie pour ton offre !
- Dommage pour toi ! Moi, j’y vais !
Et le nain partit en direction des bains encore éclairés, son gros ventre battant la mesure de son empressement.
Grob’ emoticone

Marsh Mallow d’Umbar, chapitre 4

Partie 1 :

- Khazadrine…Et ça veut dire ?
- Hurlement du nain !
- Ah, bon, et bien, je t’engage, mais je refuse que tu me réveilles le matin en hurlant, compris ?
- Mouais…
- Compagnons ! Plusieurs de nos camarades ont été faits prisonniers ! Allons-nous les laisser à la merci du phacochère de Casablancar ?
- Ooouuiii !
- Hein ? Mais non, on va les libérer bande de crétins !
- Pourquoi faire, on est bien là, libres…
- Pourquoi ? Pourquoi ? Mais parce que ce sont vos compagnons, vos amis, peut-être même votre famille…
Le nain se leva.
- Laisse-moi faire. Je sais comment m’y prendre !
Il sortit ses griffes et hurla :
«Vousallezcherchervoscompagnonsparcequelepremierquin’yvapasseprendra
cessixgriffesentrelesdeuxyeuxquejemeferaiunplaisirdejeterauxrequinsaprèslesavoirarrachésencoregélatineux
enplusilyaurauntrésoràlafindecettemissiondoncvousavezintérêtd’obéiràvotrecapitaineetdemettrevotrebâtimentencharge
parcequesinonsinonçavabarder ! Compris ? »
Un silence de mort s’abattit sur le vaisseau.
- Moi j’ai rien compris, mais à vos ordres !
- Pas taper, hein ? A vos ordres !
Le nain se retourna, adressant un regard bourru à Marsh, puis se rassit. Le capitaine retrouva ses moyens.
- Hum, hum ! Il faut maintenant organiser un plan de sauvetage pour nos amis. Auriez-vous des propositions ?
- On pourrait tout casser !
- Moi, je propose qu’on enlève le maire et qu’on le torture jusqu’à ce qu’il parle !
- On peut aussi aller chez lui et violer sa femme et ses servantes !
- Ah, oui, bonne idée ça !
- Sinon on peut violer son chien !
- Oh, mais ferme la, toi !
- SILENCE !
Le capitaine pointa du doigt l’un de ses hommes.
- Toi ! Redis-nous ton idée !
- Je…c’est que je…on pourrait violer sa…sa femme ?
- Non, on ne va pas la violer, mais la capturer ! Nous disposerons ainsi d’un moyen de pression énorme sur le gros plein de soupe !
- Ah oui, c’est très intelligent !
- Je sais, c’est d’ailleurs pour ça que je suis capitaine ! Bon, quelqu’un sait où vit la femme du maire ?
- Moi !
- Ben eh, comment que tu sais ça toi ?
- Euh, vous voyez, j’étais jardinier à une époque et…les servantes…euh…
- On se moque de ta vie privée ! Viens par ici, pour nous aider à trouver un bon plan… Les autres, à vos postes, éloignez-nous de la côte !
Et c’est ainsi qu’une longue discussion commença. Y prenaient part Marsh, Khazadrine, Aboubou et l’ancien jardinier, Bertrand. Au bout d’une heure environ de croquis, de paroles échangées à voie basse et de bouteilles de rhum, les quatre protagonistes se levèrent.
- Matelots, en avant, nous avons un cap !
- Au fait, il faudrait trouver un nom pour le plan, non ?
- Bah pourquoi ?
- C’est plus classe ! Nous les nains, nous donnons toujours un nom aux plans, pour ne pas les confondre. En général, on prend l’initiale de la personne concernée, et ça donne le plan « A », ou « B », ou…
- C’est une idée ! Alors, comment s’appelle la femme du maire ?
- Il me semble qu’elle répond au doux nom de Qunigondyn.
- Ben, c’est parfait ! Ca fait le plan…
- …Q.
Un garçonnet avec des petites ailes, une auréole et un air niais passa entre eux.
- Mouais. Je crois qu’on va abandonner l’idée du nom, hum ?
Les autres acquiescèrent. Le capitaine harangua ses hommes, allant de l’un à l’autre, se dirigeant vers la proue.
- Compagnons, allons libérer les prisonniers, et faisons payer le cachalot boursoufflé pour cet affront ! Vous êtes avec moi ?
- Ayah !
- Alors, en avant !
Le navire fila à vive allure, se dirigeant vers le soleil levant et la cité de Carcasar.

***
- Cornes de bouc, garçons !
- Je c’ois que nous nous ‘ommes pe’dus cap’taine !
- Pas croyable ? Tu rigoles, j’espère ?
- Veni, vidi, vici !
- Et l’autre latiniste insupportable ! Bon, il faut que nous songions à nous reconvertir. Je propose un auberge-taverne en bordure de mer, ou alors…
- Ale’te ! Les coco…les coco…
- Eh bien ? Les « coco » quoi ?
- Les coco…
- Les colocataires ? Les communistes ? Les colombophiles ? Les comètes ? Les…
- Les co’sai’es !
- Quoi ? Les corsaiiiiiiarghsplatch !!!!
Le radeau se brisa, entraînant ses occupants vers le fond. Seuls dépassèrent trois têtes, rousse, ridée et noire.
- Cornes de bouc, on s’est fait démolir !
- Alea jacta est !
- C’étaient des co’sai’es avec une chance de cocu, et nous on est leu’s cobayes !
- La ferme, vous deux !
Partie 2 :

***
- Capitaine ! On a heurté un caillou !
- Mais non, c’était juste une petite baleine !
- Ah, alors c’est pas grave ?
- Non, non, tout va bien…pff !
La terre était proche, les hautes tours de Carcasar étant visibles de loin. Le navire longeait les côtes du Sud, se rapprochant de la cité félonne. Marsh rassembla ses hommes, se préparant à attaquer le palais de Rubis, où vivait la dame Qunigondyn. Le plan paraissait correct, les corsaires décidés, et les ennemis ne devaient pas être très nombreux. Il manquait toutefois un élément pour perturber les éventuels gardes à l’entrée. Le regard du capitaine se posa soudain sur la jeune femme que le nain avait ramené, et qui était encore inconsciente, cachée près de la proue. Une idée germa dans son esprit. En effet, bien qu’elle l’ait trahi en l’immobilisant sur le lit, ses yeux reflétaient de la peur et une volonté contraire à ses actes. Marsh songea donc qu’elle avait dû être forcée, sous une menace quelconque. Il alla chercher un seau d’eau et la réveilla doucement. Elle ouvrit les yeux, vit le corsaire et poussa un cri. Plusieurs hommes se retournèrent, mais il leur fit signe de continuer leur travail. Il lui souffla :
- Comment vas-tu ma jolie ?
- Je…je suis…
- Désolée de m’avoir trahie, je sais, mais je suppose que tu avais une raison pour…
- Ils m’y ont obligée ! Ils ont enlevé ma sœur et m’ont…
- Qui ça « ils » ?
- Les gardes de la ville, et un homme gras qui était arrivé la veille en ville, avec son escorte.
- Encore lui ! Bon, je suppose que tu aimerais te venger de ce pachyderme ?
- Oui, je ferais tout ce…
- Eh bien c’est parfait ! Ecoutes bien maintenant…
Il lui chuchota plusieurs mots à l’oreille, elle acquiesça, puis ils se séparèrent, près à amarrer.
Le bâtiment s’arrêta juste avant d’atteindre un énorme édifice, sculpté dans le marbre, parsemé de draps bleus, et gardé par deux sentinelles à l’entrée. Cependant, des lances pointées vers le ciel se dévoilaient en haut de la bâtisse, révélant la présence d’autres gardes. Les corsaires laissèrent descendre la jeune femme, se prénommant Stormwen, et se préparèrent à l’assaut. La jeune femme s’approcha des deux gardes à la porte.
- Il fait frais ce matin, non ?
- Ah, pour sûr, je suis bien content d’avoir pris ma petite laine !
- Mais, vous allez attraper froid, ma petite, dans cette tenue…
- C’est vrai, et lorsque je vous ai vu, bien musclés et aux physiques ravageurs, mais grelottants de froid, je me suis dit : pourquoi ne pas nous réchauffer ensemble ?
- Euh, écoutez mademoiselle, nous ne voudrions pas avoir d’ennuis…
- Oh, comment deux soldats si puissants que vous pourraient-ils avoir des ennuis ?
- Ce serait avec joie mais…
- Bon, dommage, ce sera à cause de vous si je m’enrhume…
Stormwen se détourna en roulant des hanches, faisant saliver les deux pervers.
- Attendez ! On pourrait peut-être… bon…
- Venez par là, c’est sombre…
Les deux hommes se précipitèrent vers la jeune femme, mais deux carreaux d’arbalètes les stoppèrent net dans leur élan, et ce fut la mort qui les rattrapa. Les corsaires sortirent de l’ombre, les armes à la main. Deux d’entre eux échangèrent leurs habits contre ceux des gardes, et s’élancèrent vers la porte. Ils ouvrirent à l’aide du trousseau de clefs trouvé sur l’un des vigiles, puis regardèrent si la voie était libre. Au signe convenu, les autres les rattrapèrent, les arbalétriers devant, aux armes chargées. La petite troupe entra dans le corridor, tentant de faire le moins de bruit possible. La pièce donnait sur une cour intérieure, parsemée de colonnes ornées de multiples draps bleus. Une petite fontaine se tenait au centre, autour de laquelle étaient allongées paresseusement plusieurs jeunes femmes à demi-nues.
« Que c’est beau !», fit Marsh en regardant les divines créatures.
« Que c’est beau ! », fit Khazadrine en admirant les multiples saphirs qui brillaient, accrochés aux draps.
Tous les hommes étaient comme immobilisés par ce spectacle de rêve. Stormwen les secoua :
- Capitaine, nous sommes ici pour capturer la femme du maire !
Aucune réponse. Elle avança d’un air décidé vers la fontaine sur laquelle était posé un seau. L’une des filles cria, mais fut repoussée violemment. Marsh regardait toujours lorsque le seau se vida sur lui. Il s’arracha à sa contemplation en suffoquant.
- Mer…keuf…merc…keuf keuf…merci !
La jeune femme lui souri, lui désignant l’autre côté de la fontaine. Il acquiesça, se préparant à donner un ordre à ses hommes, mais un cri le stoppa. La fille de la fontaine avait attiré les autres gardes, et ils arrivaient en masse du côté droit et gauche. D’autres refermèrent la porte du fond, et se postèrent à l’entrée.
- Mes amis, nous allons devoir défendre chèrement notre peau !
- Attendez ! Je me souviens que cette forteresse était également un lieu d’expérimentations, dans les sous-sols ! Il y aura peut-être des prisonniers qui voudront nous aider !
- Excellente idée ! Vous, les deux faux-gardes, vous l’accompagnez, ainsi que Stormwen !
- Très bien, capitaine !
Les trois hommes et Stormwen prirent un escalier qui descendait dans les profondeurs obscures.
« Quant à nous, c’est parti pour la BASTON ! », beugla Khazadrine en sortant ses griffes. Il bondit sur deux gardes à gauche, lacérant le visage de l’un et transperçant la cage thoracique de l’autre. Marsh sortit son arbalète, et montrant les gardes de droite, il hurla :
« Arbalètes ! Feu ! »
Son projectile atteignit un soldat à la clavicule, tandis qu’une dizaine d’autres transperçaient de part en part les guerriers apeurés. Khazadrine menait l’assaut sur la gauche, accompagné de quelques hommes et d’Aboubou lançant leurs couteaux, tandis que le corsaire affaiblissait les rangs ennemis avec ses arbalétriers. Malheureusement, ils ne purent lancer que deux vague mortelle avant d’être obligés à combattre. Cependant, les carreaux avaient fait une dizaine de morts. Les autres battirent en retraite, effrayés par ces meneurs terrifiants. Le nain avait ainsi tué trois hommes, et ses compagnons en avaient occis trois également. Les troupes s’étant dissipées, les corsaires étaient seuls. Un silence pesant se fit alors. Alors que ses hommes marchaient vers le centre, Marsh leur souffla : « N’avancez plus ! C’est trop calme… ils nous tendent un piège.»
De l’autre côté de la fontaine, trois gardes gardaient toujours la porte, mais les autres étaient invisibles. Soudain, Aboubou prit une arbalète, visa et tira. Au moment même où le carreau se plantait dans le nez d’un des gardes du fond, une trentaine de projectiles coupa la cour de part en part. Les corsaires se jetèrent en arrière, mais l’un d’entre eux fut touché au bras.
- J’avais ordonné de ne pas y aller !
- Je n’y suis pas allé, j’ai simplement voulu savoir quel serait le piège de nos ennemis. Maintenant, nous savons qu’ils ont eux aussi des arbalètes !
- La prochaine fois, parles-en avant ! Mais reprenons ton idée et abattons déjà les deux de la porte.
Ses ordres furent exécutés, et les gardes transpercés de cinq carreaux chacun. Les corsaires, sur un geste de Marsh, se mirent alors à plat ventre. La tactique était simple : la cour étant entourée d’un véritable labyrinthe de haies, hautes d’environ un mètre, qui formeraient un obstacle et un couvert suffisant pour se protéger des tirs. Ils avancèrent donc jusqu’au chemin transversal principal. Là était la principale difficulté. En effet, le chemin était large d’environ deux mètres, il leur faudrait donc courir accroupis pour ne pas se faire transpercer, mais ils ne pourraient y aller tous en même temps. La première vague fonça à toute allure, et les carreaux ne touchèrent qu’un seul homme à la jambe. Le sang gicla et celui-ci hurla, mais un second carreau se plantant dans sa gorge le fit taire. La tâche serait plus difficile pour les suivants, du fait de cet obstacle incongru. Khazadrine parla alors à Aboubou, les deux hommes étant dans la seconde vague. Celui-ci acquiesça, et fit signe à ses hommes de se préparer. Le nain bondit alors en l’air, tous les projectiles fonçant sur lui. Il en arrêta plusieurs par un savant mouvement de griffes, mais cinq d’entre elles le touchèrent, l’une à l’épaule, deux aux côtes, et les deux dernières à la cuisse et au pied. Il s’effondra, mais les autres étaient passés. Marsh se retourna et vit le nain arracher les projectiles à la main. Le sang coulait abondamment, mais le petit barbu sortit une fiole de sa bourse et en étala le contenu sur ses blessures. La cicatrisation se fit à une vitesse incroyable, si bien que le nain put se relever et continuer. Les corsaires se frayèrent un chemin jusqu’à la porte, fermée. Marsh demanda au nain de crocheter la serrure à l’aide d’une de ses griffes, et la porte s’ouvrit avec un déclic. Dans la cour, les soldats commençaient à accourir pour protéger leur maitresse. La porte se referma sur eux.
Partie 3 :

***
L’escalier était sombre, et des voix pouvaient se faire entendre à l’étage inférieur. Stormwen, accompagnée de ses compagnons déguisés et de leur guide, avançait prudemment, de peur de trébucher et d’alerter les gardes. Des bruits de luttes étaient audibles à travers le plafond.
- Tiens, on dirait qu’il y a un combat là-haut !
- Ouais, on ferait bien d’y aller !
- Turkgf, tu gardes les prisonniers !
- Tant que j’ai ma chopine, tout c’que vous voulez !
Le soldat éructa bruyamment en riant. Des cliquetis, des froissements, et deux gardes commencèrent à monter. La jeune femme fit signe à ses hommes de rester dans l’ombre, tandis qu’elle-même s’avançait, sa tunique dévoilant légèrement ses charmes. Lorsqu’ils la virent s’approcher, les gardes poussèrent un juron de contentement, et l’amenèrent brutalement dans la salle.
- Eh ! Regardes ce qui vient de tomber du ciel !
- Lâchez-moi, brutes !
- Une petite pucelle rien que pour nous trargh !
La lame du poignard se planta dans sa narine gauche. Le sang éclaboussa la jeune fille, tandis que des trainées rougeâtres coulaient sur le visage du vigile. Les deux autres saisirent leurs armes, pointant leurs hallebardes vers la meurtrière. Celle-ci recula jusqu’au fond, faisant face aux gardes qui tournaient le dos à l’escalier. Alors même que ceux-ci s’avançaient d’un air menaçant, deux pointes d’hallebardes les transpercèrent, leur trouant la cage thoracique et leur perforant les poumons. Leurs organes dégoulinant sur le sol, ils s’effondrèrent sans avoir eu un aperçu du visage de leurs assassins. Stormwen essuya son arme, la rentra dans son corsage, et entreprit de chercher une clef ouvrant la cellule des prisonniers. Elle trouva un trousseau sur la table, et essaya toutes les clefs sur la serrure. Le déclic distinctif de l’ouverture de la porte se fit entendre, et la jeune femme ouvrit. Ce qu’elle vit lui remonta l’estomac. Une vingtaine d’hommes étaient enchaînés dans la cellule, certains dans un état de décomposition tel que les mouches venaient tourbillonner autour, et leur dévorer la peau en certains endroits. Seule une dizaine d’entre eux paraissaient en état de vivre, même si plusieurs avaient des cicatrices gigantesques sur leurs poitrines et leurs visages. Stormwen s’approcha du premier homme sur sa droite, à qui il manquait une oreille et deux doigts.
- Qui êtes-vous ?
- Nous…nous sommes…des…des ravageurs.
La jeune femme eut un mouvement de recul. Les ravageurs corsaires étaient réputés pour leur violence et leur goût du sang, mais également pour leur habileté au combat. Certains pensaient qu’ils avaient du sang de berserk dans les veines, pour expliquer leur faculté de cicatrisation. Cependant, avoir une armée de ces monstres pouvait faire la différence entre une victoire et une défaite. Elle se décida donc à parler à l’homme :
- Pourquoi vous a-t-on abimé comme ceci, toi et les tiens ?
- Ils voulaient tenter des expériences, et comme nous sommes plus résistants que beaucoup, ils nous ont capturés.
- C’est horrible !
- Oui, je sais, et beaucoup d’entre nous sont déjà morts…
- Nous allons vous délivrer, moi et mes compagnons, mais…
- Vous vous inquiétez…vous ne savez pas si notre réputation de monstres est fondée, et vous hésitez à nous libérer. Je comprends. Mais je vous jure que nous vous considérerons comme notre chef si vous réussissez à surmonter votre répulsion. Car nous ne respectons pas la peur, faiblesse des hommes.
- Très bien, alors je serai votre chef.
Et elle libéra le malheureux, qui dans un effort surhumain, réussit à ne pas tomber. Elle fit de même pour les autres, qui s’effondrèrent plus ou moins sur le sol. Ils réclamaient tous de l’eau et de la nourriture, ce qu’elle s’efforça de leur procurer, fouillant les gardes et la pièce. Celui à qui elle avait parlé s’avança, et conversa à voix basse avec ses compagnons. Il y eut quelques éclats de voix, les corsaires ayant apparemment des avis différents. Stormwen attendait, anxieuse. Finalement, les ravageurs se retournèrent vers la jeune femme, une lueur farouche et meurtrière dans leurs yeux injectés de sang.

***
La pièce était lumineuse, bardée de bleu. Au centre était un lit à baldaquin, aux draps couleur saphir et argent. Autour étaient regroupées les jeunes filles de la fontaine, l’air apeuré. Mais devant elles se tenait une barrière de soldats, hallebardes en avant.
- Messieurs, bien le bonjour ! Mesdemoiselles, nous nous sommes déjà vu ! Mes compagnons et moi-même souhaiterions nous saisir de votre maîtresse, et sommes relativement pressés, donc si vous pouviez avoir l’obligeance de …
- De dégager !
- De vous décaler, où nous risquerions de vous faire mal.
Pour toute réponse, les armes s’avancèrent. Marsh haussa les épaules, regarda le nain, qui sortit ses griffes. Alors que les troupes se préparaient au combat, les rideaux du lit s’ouvrirent, et une femme apparut. C’était une énorme femme, grasse, qui s’accordait magnifiquement bien avec son mari, les cheveux attachés en un chignon grotesque, les joues poudrés de vert lui donnant un teint huileux, ses yeux sombres fardés à outrance, sa poitrine énorme semblable à celle d’un morse, et ses bourrelets dépassant de chaque côté de sa robe rose fuchsia. Sur son front était posé un diadème vulgairement taillé, un saphir au milieu, mais très mal assorti au bijou.
« Quelle horreur ! », fit Marsh en voyant la nouvelle apparition.
« Quelle horreur ! », fit Khazadrine en regardant le bijou grossier.
La femme du maire prit la parole, d’une voix grave à faire frémir un troll :
- Quelle engeance me dérange ?
- Aucune, mairesse, nous aurions simplement souhaité vous kidnapper afin de faire pression sur votre mari pour délivrer nos amis. Votre mari étant le maire T, comme vous le savez.
- Le maire T ?
- La maire S, le maire T…Bon, oubliez ça ! Si vous voulez bien nous suivre à présent.
- Gardes ! Emparez-vous d’eux !
- Je l’avais bien dit, la baston, il n’y a que ça de vrai ! Yaya !
Le nain sauta sur le premier suicidaire s’avançant vers eux, lui enfonçant son arme dans son thorax. Le malheureux poussa un cri de douleur, mais les corsaires avaient pris l’initiative. Marsh dégaina, para un coup sur le côté, se fendit et planta sa pointe dans l’aisselle de son adversaire. Le sang gicla, mais ce ne fut rien à côté de la mare qui repeignit littéralement le sol, les cadavres des soldats se vidant de leurs entrailles, perforés par les griffes du nain, coupés par les sabres de corsaires ou blessés par les arbalètes. Beaucoup des jeunes filles s’étaient évanouies, et les intrus n’eurent à déplorer qu’une seule perte, mais la victoire restait totale. Cependant, des coups sourds retentissaient derrière la porte, les autres soldats s’étant sans doute décidés à agir. Marsh attacha la mairesse, qui se débattit de toutes ses forces, mais sans succès, entourée qu’elle était par tous les assaillants. Soudain, la porte s’ouvrit avec fracas. Une vingtaine de gardes entra en hurlant. Les corsaires pris par surprise tentèrent une sortie, mais les gardes étaient plus nombreux et plus organisés. Marsh saisit son arbalète et tira, mais, dans la panique, il ne réussit qu’à écorcher la joue d’un ennemi. Ses hommes se reculèrent dans l’angle, acculés de tous côtés par les pointes effilées des hallebardes. Celui qui semblait être le chef s’avança, et parla d’une voix forte :
- Vous paierez pour la mort de nos compagnons et pour l’affront vis-à-vis de notre dame !
- Une dame ? Dites plutôt un troll !
- Comment osez-vous ? Je me chargerai bien de vous couper votre langue, effronté, mais une petite séance de torture ne saurait vous déplaire, hum ?
- Vous aimeriez vous en convaincre ! A propos de torture, sont-ce vos prisonniers qui accourent là-bas ?
Le garde se retourna, puis poussa un gémissement plaintif. Marsh avait lancé son pied dans son entre-jambe. Cependant, le garde ne semblait pas être plus sensible que s’il lui avait tapé sur le bras. « Des eunuques ! », pensa le corsaire. Des cris sortirent de la cour, sorte d’aboiements et de grognements bestiaux. Les belligérants purent ainsi apercevoir Stormwen accourir à la tête de ses ravageurs, qui s’étaient équipés d’armes trouvées dans les sous-sols, allant de l’épée rougie au feu au marteau. Les soldats, paniqués par cette attaque sur deux fronts, s’éparpillèrent et devinrent ainsi des proies faciles. Les chairs volaient, les membres s’arrachaient, les côtes s’enfonçaient, le sang dégoulinait partout dans la pièce et la cour. Khazadrine et les ravageurs s’en donnaient à cœur joie, ces derniers se vengeant de tous les malheurs subis dans ces cachots.
Finalement, les soldats furent tous exterminés, et les corsaires retournèrent au navire, en prenant soin d’emporter tous les saphirs, les bijoux et autres babioles ayant une certaine valeur, ainsi que les jeunes vierges, qui entouraient leur maitresse. Marsh décida d’envoyer un messager au maire pour lui faire parvenir la nouvelle, ainsi que la demande de rançon, et ce fut le nain qui eut ce rôle.
Ils attendirent plusieurs jours son retour, installés à quelques bords de la côte. Un matin, Aboubou se leva, exaspéré. Le retard du nain était inimaginable et insupportable, et ce ne fut que lorsqu’il vit trois griffes par-dessus le bastingage que son humeur fut calmée. Il aida Khazadrine à grimper. Celui-ci était couvert de sang, de blessures et ses habits étaient déchirés. Il remercia le lieutenant d’un signe de tête, puis marcha jusqu’au hamac du capitaine.
- Il a refusé.
- Quoi ?
- Il a refusé.
- Ce n’est pas possible !
- Si, ils m’ont tendu un piège, dont j’ai eu assez de mal à m’extirper, comme vous pouvez le voir, après que le maire ait décliné ma requête.
- Ah, il veut la guerre, et bien il l’aura ! Compagnons ! Ce maire a refusé de répondre à notre demande de rançon, et refusant ainsi de libérer nos compagnons ! Allons-nous le laisser faire ?
- NON !
- Alors, je vous propose d’aller à Casablancar, la ville ennemie de Carcasar, et de les aider à assiéger la forteresse !
- OUI ! A Casablancar !
- Mais vous êtes fou capitaine, c’est l’une des routes les plus dangereuses du Sud, que ce soit par la terre ou la mer !
- Alors, choisissez entre les deux, vous voulez vous mouiller, ou non ?
 Vous pouvez voir la suite sur http://guerreterredumilieu.forumactif.com/histoire-f3/missions-de-marsh-mallow-d-umbar-t164-45.htm, car je ne pense pas pouvoir vous la retransmettre…

Grob’, qui s’en va…emoticone

Marsh Mallow en figurines…

Bon, comme je pars aujourd’hui, je poste mon régiment de corsaires issu des aventures de Marsh Mallow, que vous avez pu commencer
Le régiment :
http://www.servimg.com/image_preview.php?i=68&u=13598337

Marsh Mallow :

http://www.servimg.com/image_preview.php?i=69&u=13598337

Khazadrine :

http://www.servimg.com/image_preview.php?i=71&u=13598337

Zhurc :

http://www.servimg.com/image_preview.php?i=72&u=13598337

Aboubou :

http://www.servimg.com/image_preview.php?i=73&u=13598337

et le Moker :

http://www.servimg.com/image_preview.php?i=67&u=13598337

Et la suite des aventures de Marsh !

« On arrive bientôt ? »
La douleur, bien que calmée grâce à l’attelle, devenait très difficile à supporter, presque insoutenable.
« Plus qu’une petite heure, capitaine ! »
Marsh Mallow serra les dents. Ils avaient gagnés, mais ils avaient perdu six hommes lors de l’affrontement, soit environ un sixième de leurs effectifs, sans compter plusieurs blessés, dont le capitaine lui-même. L’entaille n’était pas large, mais profonde, la flèche ayant pénétrée la chair de son épaule férocement. Le capitaine regarda Zhurc, géant parmi l’équipage, qui l’avait sauvé d’une mort imminente. Son regard se porta ensuite sur Aboubou le borgne, qui avait réussi à s’imposer comme capitaine de remplacement durant leur mission. Autant le premier pouvait être considéré comme un allié fidèle, selon Marsh, autant le deuxième devait être surveillé de près. Beaucoup de seconds, forts de leur popularité, s’étaient rebellés et avaient été la source de mutineries, dans les navires du sud. Mais l’attention du capitaine se reporta vers sa blessure, toujours douloureuse. Il était si fatigué…
« Terre ! Terre ! »
Marsh se réveilla en sursaut, ravivant du même coup la douleur de sa blessure.

- Nous sommes arrivés ?
- Oui, capitaine !
- Enfin !

Le navire accosta. Le port semblait animé, regorgeant de tentures aux vives couleurs et d’échoppes accueillantes. Les corsaires débarquèrent, et Marsh s’apprêta à les laisser s’amuser un peu lorsqu’un de ses hommes courut vers lui, tenant quelque chose qui ressemblait à du parchemin à la main.

- Capitaine, capitaine ! Il y a une affiche avec votre tête sur le mur !
- Montre-moi ça ! Ah, en effet, ça me ressemble ! Et il y a écrit des trucs autour, mais… Quelqu’un sait lire parmi vous ?

Le silence fut si épais que le singe entendit crier une mouche violée.
« Bon, et bien c’est réglé ! », fit Marsh en jetant le papier sur le pavé.
« Mes garçons, vous avez quartier libre jusqu’à neuf heures ! Nous nous retrouverons au bateau. Zhurc, tu m’accompagnes. »
Le géant émit un bref signe de tête, et suivit Marsh en direction de la foire. Les attractions y étaient nombreuses, les badauds s’intéressant tour à tour à un cracheur de feu ou à un magicien faisant apparaître des lapins.

- Un de ces gugus pourrait être utile, tu ne trouves pas ?
- Pas le cracheur, capitaine.
- Pourquoi ? C’est pourtant le plus impressionnant !
- Un bateau, ça brûle, capitaine.
- J’avais oublié !

Ils avancèrent, se frayant un chemin à travers la foule, mais la seule présence de Zhurc, dépassant de la masse, suffisait à écarter les détrousseurs ou les filous. Pourtant, un homme au teint jaunâtre se mit à les regarder fixement, puis disparut, laissant dans son sillage une odeur pestilentielle. Les deux corsaires continuèrent néanmoins leur chemin, suivit par Flac, qui cracha en direction de l’inconnu. Ils arrivèrent alors à un stand où les gens étaient attroupés plus densément encore. Zhurc écarta la foule d’un revers de main, et ils purent voir un nain occupé à couper les cheveux d’un homme, mais avec, d’après Marsh, trois lames dans chaque main. Ce ne fut que lorsqu’il se fut suffisamment approché qu’il comprit que les couteaux étaient en réalité des griffes qui sortaient de la main de leur porteur, à travers des gants troués. L’écriteau indiquait : « Venez faire couper vos cheveux ici ! Résultats garantis ! »

« C’est dommage, il aurait pu faire un excellent guerrier. En voilà un que j’aurai bien engagé ! »
A ces mots, le nain releva la tête, mais les deux hommes étaient déjà partis. Ils s’engagèrent dans une ruelle et avancèrent silencieusement, admirant les miroirs d’une jeune fille ou jetant un rapide regard sur les haches de guerre d’un homme aux allures de brigand.

- Capitaine, un homme nous suit depuis tout à l’heure.
- Je l’ai remarqué aussi. Mais il n’est pas seul…

La phrase mourut dans la gorge du capitaine alors qu’un poignard se plantait dans une poutre devant lui. Six hommes les entouraient, restant à distance raisonnable du géant.
« Messieurs, bien le bonjour ! Peut-être pourrions-nous discuter tranquillement du différend qui vous oblige à nous attaquer devant une bonne bière, non ? »
Pour toute réponse, l’homme au teint jaunâtre qu’ils avaient aperçu et qui semblait être le chef se contenta de ricaner. Cela semblait être un signal car plusieurs autres couteaux volèrent dans leur direction.
« J’aurais au moins essayé », dit Marsh à son compagnon en se jetant au sol. Zhurc répondit en hurlant, sortant sa hache de sa ceinture. Les bandits se reculèrent, mais trop tard. L’arme fendit les airs, s’abattant sur l’un d’eux. Le sang gicla alors que le cerveau du malheureux apparaissait au fur et à mesure que l’arme s’enfonçait. Zhurc se retourna, lançant sa hache vers un autre, qui la reçut dans l’estomac, ses entrailles se vidant à une vitesse démente. Un des bandits voulut poignarder le géant par derrière, mais celui-ci lui envoya un coup de coude dans la cage thoracique, le tuant sur le coup.
Marsh et Flac n’étaient pas en reste. Le capitaine se battait contre le chef et un de ses hommes, armé d’une masse d’armes, tandis que le dernier d’entre eux se dirigeait vers Flac, le teint rouge et la braguette ouverte.
« Voyons si tu couines plus après un bon traitement », lança l’obèse vicieux. Un éclair et le violeur se retrouva sur le sol, les mains près de son entrejambe d’où s’écoulaient des flots de sang. Le singe fit une petite mimique avant de planter sa lame dans le cou de son agresseur, qui s’effondra.
Le plus en difficulté était Marsh, qui souffrait toujours de sa blessure à l’épaule gauche. Ses deux ennemis l’attaquaient de toutes parts, et lui ne pouvait que parer pour leur échapper. Il s’exclama soudain, montrant le ciel : « Un Nazgul ! »
Le chef ne tourna pas la tête, mais son homme regarda derrière lui et comprit trop tard la ruse. Le sabre d’abordage était fixement planté dans son abdomen, provoquant l’apparition d’une large tâche rouge sur son habit. Marsh voulut reprendre son arme, mais elle restait accrochée à une des boucles qui ornaient le poitrail de l’homme. Le chef des brigands saisit l’occasion et voulut porter un coup fatal au corsaire. C’est à ce moment là qu’un sifflement parvint aux oreilles des combattants. Un bruit sourd, un soupir plein de haine, et le brigand chuta, une pioche enfoncée dans le dos. Son arme glissa de sa main droite dans un grand bruit, et l’homme tomba à la renverse, un filet de sang sur le menton.
Marsh se laissa tomber, le souffle haletant, tandis que Zhurc reprenait sa hache en cherchant du regard le sauveur de son capitaine. La rue était déserte, les commerçants ayant déguerpi dès que les choses dégénérèrent.
« Je ne sais pas qui m’a sauvé, mais il faudra que je pense à le remercier », souffla Marsh en s’évanouissant.
Zhurc le prit sur ses épaules, et retourna près du marché, à l’entrée de la taverne, suivit de Flac, qui jouait avec l’organe génital coupé de son agresseur en le pointant comme un pistolet vers les femmes qu’il rencontrait.

- Mais c’est qu’il est mignon ce petit singe, et qu’est-ce qu’il a dans la main ?
- Grick, grick !
- Mais c’est…

Un hurlement, plusieurs femmes s’évanouirent, le tumulte fut à son comble lorsque le singe jeta son jouet dans le capuchon d’une jeune fille, suite au regard que lui jeta Zhurc…
Les deux corsaires pénétrèrent dans la taverne sous le regard médusé du tenancier. Zhurc s’approcha de lui et lui chuchota quelques mots à l’oreille. Celui-ci lui désigna l’escalier et fit le chiffre quatre avec ses doigts. Le géant émit un signe de tête et monta les marches, s’enfonçant dans la noirceur ténébreuse et glauque de l’accès aux chambres.

***

Un courant d’air frais, une brise nocturne, tel fut l’environnement dans lequel Marsh s’éveilla. Un fredonnement parvint à ces oreilles. Il ouvrit les yeux, et fut surpris de se trouver dans un lit, en face d’une jeune femme qui lui tournait le dos. Il se redressa, cherchant du regard ses compagnons, mais ils étaient seuls. La jeune femme se tourna vers lui, se s’approchant pour voir s’il était réveillé. Son corsage était ouvert et le corsaire eu du mal à en détacher son regard lorsque celle-ci se pencha vers lui.

- Bonjour, beau corsaire.
- Euh…bonjour, euh…mademoiselle… Vous pourriez me dire où je suis, et où sont mes compagnons ?

Ses yeux redescendirent, et Marsh sentit ses joues se chauffer. Il reprit ses esprits et regarda la demoiselle dans les yeux. Ils étaient d’un vert émeraude qui figea le capitaine, tant leur profondeur était grande.

- Votre ami le géant est en bas, à une table, accompagné de votre singe.
- Très bien, je vais donc les retrouver de ce p…
- Non, ils attendront, et nous avons plein de choses à faire, tous les deux !
- Vous…vous aimeriez…vous…vous aimeriez vous en convaincre !

Marsh avait de plus en plus de mal à garder son calme, tandis que la jeune fille s’installait à cheval sur lui, laissant au capitaine le loisir d’admirer ses formes généreuses. Elle s’apprêta à relever sa tunique lorsque la porte s’ouvrit avec fracas. Marsh tenta d’écarter sa généreuse bienfaitrice et de bondir hors du lit, mais celle-ci resserra son étreinte avec un sourire contraint. Plusieurs hommes armés et en uniforme entrèrent dans la pièce. Le premier s’avança d’un pas de conquérant, tenant un rouleau de parchemin à la main. Il le déroula et le corsaire reconnut la même affiche que celle qu’il avait eue dans les mains quelques heures auparavant.

- Ah ! Mon affiche ! Merci, merci, mon brave de me l’avoir retrouvé ! Je la cherchais partout !
- Vous êtes en état d’arrestation, comme le montre ce texte.
- Lisez-moi ça !

Le garde obéit, surpris de voir le criminel si conciliant.

- « Par ordre de Lincolnyr, maire de la ville de Casablancar, le capitaine corsaire Marsh Mallow est en état d’arrestation. Il devra être amené à la forteresse de cette cité mort ou vif, pour une récompense de cent trois pièces d’or et trente-sept pièces d’argent. »
- Ce maire est toujours aussi calculateur. Euh…vous me serrez un peu trop, là…Non pas que je n’aime pas ça, hein, mais vos formes généreuses vous rendent assez lourde…

La jeune femme lui fit signe de se taire, et les soldats encadrèrent le lit, leurs armes pointées sur le pirate. Elle se leva et s’assit sur le rebord de la fenêtre, en reboutonnant son corsage.

- Non, laissez-le comme ça, je vous assure que c’est plus intéressant !
- Veuillez-nous suivre, monsieur, et il ne vous sera fait aucun maaargh !

Trois lames se plantèrent dans sa tête, arrosant la jeune femme de sang. Les soldats brandirent leurs piques, la femme hurla, et le corps du capitaine des gardes s’affala sur le sol. Derrière lui se trouvait le nain coupeur de cheveux, les lames sortant de ses mains dirigées vers les soldats. Il grogna, et s’élança vers le premier, lui tranchant net la jugulaire, et lui griffant le visage. Trois trainées rougeâtres apparurent sur son visage, alors même que le nain transperçait le bras gauche d’un soldat et brisait l’arme d’un autre. Marsh, libéré de l’emprise des jambes de la demoiselle, saisit son arbalète sur le sol et planta un carreau dans l’œil droit d’un garde. Le sang giclait, les boyaux volaient, les geignements inondaient la pièce, tant et si bien que la jeune femme s’évanouit à son tour. La bataille se termina lorsque les cinq gardes se furent répandus par terre, leurs tripes s’étalant sur le sol. Le nain prit la fille sur son dos, et montra la fenêtre au corsaire.

- Excuse-moi, mais mon ami attend en bas et…
- Non, ils l’ont endormi et emmené, ainsi que la bestiole. Il faut partir maintenant.

Marsh acquiesça, et sauta par la fenêtre. Le nain le suivit une seconde plus tard, et ils coururent en direction du navire. Malheureusement, un garde les reconnut et ameuta tout le quartier. Les gens accouraient en entendant le mot « récompense », tentant d’arrèter les fuyards. Mais le nain sortit ses griffes et se mit à taillader les passants qui freinaient leur course. Ils arrivèrent près du bateau, et Marsh reconnut la silhouette caractéristique d’Aboubou.
« On met les voiles ! », hurla-t-il à son lieutenant, lui et le nain étant toujours poursuivis. Aboubou comprit et donna ses ordres, tandis que les deux fugitifs sautaient sur le pont. La foule arrivait, menée par plusieurs gardes, mais un tir de baliste bien placé fit éclater l’un d’entre eux, dont les morceaux furent éparpillés dans la masse qui fuyait à présent, effrayée par cette attaque. Le bâtiment put ainsi s’éloigner, et Marsh put respirer à nouveau.

- Où est Zhurc, capitaine ?
- Prisonnier. Et Flac aussi.
- Plusieurs d’entre nous ont aussi été capturés, et l’un tué par derrière. Que faisons-nous maintenant ?
- On se regroupe, on s’organise, on libère les otages, et on se venge du maire.
- Bon plan !

Marsh se tourna vers le nain, qui avait laissé la fille étalée à la proue.

- Merci à toi, qui m’a sauvé !
- Je cherche juste à me faire engager.
- Quel est ton nom ?
- On m’appelle Khazadrine.
 

Voilà, donc je reviens vendredi prochain, pour mon anniversaire, et je pars le 4 en Angleterre…

Grob’

Marsh Mallow d’Umbar, chapitre 2

Bon, comme j’ai un problème avec les images, je poste la suite des aventures de Marsh Mallow d’Umbar !

 Chapitre 2 : Bataille à Bâbord !

Première partie :Le maire sortit discrètement de sa forteresse, accompagné par un homme basané aux habits colorés. Ils étaient entourés de six gardes, la protection du maire ayant été renforcée depuis les événements de la veille. Cependant, celui-ci souriait. Il allait pouvoir se venger de celui qui l’avait humilié publiquement, ce fourbe, ce félon de capitaine, ce Marsh Mallow…

***
« Capitaine ! Des visiteurs ! »
La tente s’ouvrit, dévoilant un homme étrange, aux allures de commandant. Marsh Mallow, car c’était lui, sortit, suivit de près par Flac, son singe.
- Et combien sont-ils, mon brave ?
- Environ une vingtaine, cap’ !
- « Environ » ! Je ne veux pas d’ « environ », je veux un nombre exact !
- C’est que…je suis borgne et…ma ve n’est plus ce…
- Ca va, ça va… Mais qui m’a fichu un borgne comme guetteur ?
- Cap’, les visiteurs sont là !
- Capitaine, pas Cap’ ! A quoi ressemblent-ils ?
- Mais à un pachyderme, mon petit soldat !
Marsh se retourna brusquement. Devant lui se tenait fièrement le maire, engoncé dans un habit vert et argent, contrastant avec celui de son compagnon, rouge et or.
- Vous voyez, grâce à moi, vous n’avez déjà plus de complexes au sujet de votre embonpoint !
- Très amusant. Mais je ne suis pas là pour entendre un pion me faire la morale, nous devons parler affaires. Laissez-nous seuls.
Les gardes firent un bref salut militaire et se retirèrent.
- Allons dans votre…euh…votre maison…huh…huh…
Marsh lui lança un regard noir, mais écarta tout de même la tenture qui servait de porte. Le maire et son compagnon s’installèrent sur les rondins de bois entassés sous la tente, alors que le pirate demandait, de son ton le plus hypocrite :
- Du thé, votre grosseur…euh…grandeur ?
- Non.
Marsh se servit et s’assit confortablement sur sa cape roulée en boule.
- Et donc, que puis-je pour vous ?
- Voyez-vous, après les incidents de la nuit dernière, la personne ici présente est venue me trouver pour une affaire importante, puisqu’elle concerne l’économie de la cité.
- Jé souis malchand et l’un de mes malins m’a lappolté qué plusieuls dé més naviles ont été volés, des tlès beaux naviles …
- Et nous aurions aimé que vous éliminiez les voleurs.
- Très bien. Qui sont-ils ?
- Ce sont les hommes de Casablancar, une ville voisine que nous devrions raser, si vous voulez mon avis. Ils sont environ soixante et sont à bord de trois navires comportant plusieurs balistes. Heureusement pour vous, ils sont assez inexpérimentés, d’après l’espion.
- Et de combien d’hommes est-ce que je dispose ?
- De vos hommes et des quinze recrues de la taverne d’hier.
Marsh se leva d’un bond, renversant son thé au passage.
- Mais ce serait du suicide !
- Ah, j’oubliais, vous serez à bord d’un vaisseau de guerre armé de dix balistes.
- Trop aimable !
- Vous partez dans une heure. Et c’est un ordre !
Deuxième partie :« Moussaillons, à vos postes ! »
Marsh Mallow trépignait sur le pont du vaisseau. Les navires ennemis étaient visibles au loin, mais arrivaient de plusieurs côtés à la fois, permettant au pirate de les attaquer l’un après l’autre.
- Les balistes à la proue !
- A vos ordres capitaine !
- Les grappins sont prêts ?
- Oui, capitaine !
- Qui est à la vigie ?
- Personne, capitaine !
- Quoi ? Personne à la vigie ? Vous voulez me tuer ?
- Non capitaine !
Le forban prit la liste où étaient écrits les noms de ses hommes.
- Le premier de la liste à la vigie ! Hum… Aboubou ! Qui est Aboubou ?
- C’est moi capitaine !
- Bien, tu vas à la vigiargh ! Encore toi !
C’était le borgne.
- Non, finalement, je prends le dernier de la liste ! Il serait capable de confondre notre bicoque avec celle de l’ennemi, ce troll… Bon, Zhurc ! Qui est Zhurc ?
- Moi !
Le géant ayant survécu à l’attaque de la forteresse du maire se leva.
- Non, toi, tu viendras avec moi.
Après ces préparatifs mouvementés, les hommes furent enfin chacun à son poste. Le premier vaisseau ennemi n’était plus qu’à une centaine de mètres, et Marsh se lança dans un discours chargé de lourds présages quant à l’issue du combat.
- Mes amis, je ne vous dirai qu’une chose : PAS DE QUARTIER !
- Ayah !
- Ayah !
- En avant les balistes ! A mon commandement, feu !
L’ordre résonna à travers la baie, tandis que dix projectiles fonçaient sur le navire adverse. La puissance des armes était telle que cinq des voleurs furent embrochés, et trois grièvement blessés, alors même que plusieurs des lances se plantaient dans la coque. De leur côté, les brigands ne réussirent qu’à transpercer l’un des malheureux membres de l’équipage, resté trop près du bastingage. Marsh leva le bras une nouvelle fois, mais son ordre se perdit dans le rugissement unanime de ses hommes, les nouveaux projectiles faisant encore plusieurs morts du côté adverse. Les bateaux n’étaient plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre, et Zhurc se mit à la barre, plaçant les deux bâtiments côte à côte. Les grappins furent lancés, et le cri unanime « A l’abordage ! » retentit à travers l’espace. Les voleurs furent surpris, attaqués par un si grand nombre d’ennemis. Marsh volait d’ennemi en ennemi, feintant, parant, transperçant, coupant… Finalement, tous les membres de l’équipage adverse furent tués, et les corsaires n’eurent à déplorer qu’une seule perte supplémentaire, le malheureux étant tombé dans l’eau au moment de l’abordage, et ayant été achevé par un tir d’arbalète.
- Capitaine, le deuxième vaisseau est presque sur nous, que fait-on ?
- Dirigez les balistes dessus, et défendez-vous autant que possible, nous devrions encore être les plus nombreux. Moi, je m’occupe du dernier navire. Toi, Zhurc, tu viens avec moi !
- Je préfère combattre !
- Non, il est possible que nous ne soyons plus assez nombreux après l’attaque du deuxième bâtiment. Nous devons employer la ruse. Mettez le Black Merle à la mer !
- A vos ordres, capitaine !
- Flac, ici ! Nous aurons besoin de tes talents également ! Toi, Aboubou, je te nomme capitaine jusqu’à ce que nous soyons revenus. Tâche de ne pas faillir ! Zhurc, Flac, à la barque ! Et rappelez-vous tous, pas de quartier !
Les deux hommes et le singe descendirent dans le canot, qui croula légèrement sous le poids du géant. Ils se mirent à pagayer en direction du troisième bateau, très lentement pour ne pas éveiller les soupçons.

***
Aboubou lança ses ordres. L’ennemi n’était plus très loin, et il devait faire vite. L’effet de surprise dont ils avaient bénéficié lors de la première attaque n’avait plus lieu d’être, il fallait donc profiter de leur avantage numérique encore un bref instant. Les balistes furent placées à tribord, afin d’arriver plus rapidement à l’abordage.
- A mon commandement, feu !
Les projectiles furent accueillis des deux côtés par des hurlements de douleurs. L’homme à la droite d’Aboubou fut tué sur le coup, transpercé par la lance. Le sang gicla jusqu’au visage du capitaine, qui tira son épée et hurla aux arbalétriers de tirer. Les carreaux décimèrent les rangs ennemis qui se préparaient à l’abordage. Au total, une dizaine de voleurs furent tués par les seules armes à distance. L’abordage pouvait commencer.

***
- Zhurc, arrête de ramer !
- Pourquoi capitaine ?
- Nous allons maintenant renverser la barque et nager dessous. Nous sommes assez près de l’ennemi.
- Très bien.
Zhurc se pencha soudain de tout son long sur le côté droit, renversant la barque et ses occupants. Le singe voulut hurler, mais le géant le prit par le cou et se glissa sous la barque. Le capitaine n’y était pas. Zhurc inspira un grand coup et partit à la recherche de Marsh, en tenant toujours fermement le singe. Il le vit en train de nager vers la barque, et retourna par conséquent sous celle-ci. La tête du capitaine émergea peu après, sifflant et crachant.
- La prochaine fois, préviens moi !
- Zhurc exécute les ordres sur le champ.
- Oui, mais bon… Oh ! Viens là mon petit Flac, tu as eu peur ? C’est pas grave, maman est là maintenant.
Zhurc leva les yeux au ciel.
- Maintenant, écoute-moi bien. Tu vas te hisser sur la barque et faire le guet pour nous, d’accord ? Si quelqu’un te regarde, je te donne mon arbalète et tu sais ce que tu dois faire, hum ?
Le singe fit un signe de la tête.
- Très bien, alors, en avant !
Il sortit de la barque et aida le singe à s’agripper, la coque étant humide. Puis il retourna sous la barque.
- Capitaine, qu’allons nous faire maintenant ?
- Nous allons couler le dernier navire.
- Très bien.
- J’adore ton côté contestateur !
- Je sais.
- Bon, je crois que nous y sommes, je vois une forme sombre devant. Je te laisse travailler avec ça. Je l’ai trouvée dans le bateau ennemi.
Il lui tendit une scie. Le géant, sans un bruit, la prit et sortit du canot. Marsh le suivit. Le singe était toujours au sommet, l’arbalète à la main. Zhurc replongea, et se laissa glisser sous le navire ennemi. Il commença à scier, mais l’instrument glissait sur la paroi. Le géant remonta à la surface, faisant des signes à son capitaine. Le regard de celui-ci se posa sur l’énorme hache que Zhurc portait à la ceinture.
- Ce sera moins discret, mais essaie avec ça !
Zhurc sourit. Il saisit son arme et replongea. Des bruits sourds se firent entendre. Le singe grogna, indiquant à son maître la présence d’étrangers. Celui-ci prit l’arbalète et fit grimper le singe sur le navire. L’animal tira une petite dague de sa ceinture. Une forme humaine apparut au-dessus du bastingage.
- Et, les gars, j’ai l’impression qu’on a heurté un récif ou une grosse bestiole. Il y a duuurgh… !
La phrase mourut au moment où la dague se plantait dans sa jugulaire.
- Qu’est-ce tu dis ? Il y a un obstacccuh… !
Le carreau l’avait propulsé en arrière.
La tête de Zhurc réapparut.
- Encore quelques coups et la coque se brise, capitaine !
- Dépêche-toi, je ne les retiendrai plus longtemps !
Le géant replongea, et les coups sourds se firent à nouveau entendre.
- Aleeeeerte ! Nous sommes attaqués !
Le cri retentit au-dessus de Marsh. Des bruits de course, des cliquetis d’armes, et une nouvelle tête apparut, mais tomba, tranchée par le singe. L’eau se mit à rougir. Marsh reprit son arbalète et visa un autre voleur. Une trainée rougeâtre gicla. Mais les brigands étaient de plus en plus nombreux. Marsh vit un archer parmi eux, qui le visait. Il tira, mais le rata de quelques centimètres. Un grand bruit se fit entendre, et le vaisseau se pencha brutalement. Au moment où la tête de Zhurc réapparut, la flèche fendit les airs. Une douleur atroce, puis, plus rien.

***
Les cadavres jonchaient le sol. Les corsaires avaient été victorieux, mais les pertes furent plus importantes. Au total, trois hommes étaient morts lors de l’assaut, malgré leur surnombre. Mais le dernier vaisseau approchait. Où donc étaient le capitaine et le géant ? Cette question hantait les pensées d’Aboubou. Les balistes furent rechargées sous ses ordres, dirigées vers l’ennemi, mais une agitation anormale semblait avoir pris place à bord de leur bâtiment. Au moment où l’ordre de faire pleuvoir la mort sortit de ses lèvres, le navire des voleurs s’ébranla, et se mit à couler lentement. Les voleurs hurlaient, et Aboubou put apercevoir deux formes qui se dirigeaient vers une embarcation renversée. La haute stature de l’une de ces formes lui permit de reconnaître Zhurc, mais celui-ci avait l’air de soutenir la deuxième, qui devait être le capitaine. Aboubou donna l’ordre de les intercepter et de les ramener à bord. Au bout de quelques minutes, Zhurc apparut, supportant Marsh qui gisait évanoui, une flèche dans l’épaule. Le singe les suivait, toujours armé de sa dague et portant la tête tranchée comme un trophée.
- Il est … mort ?
- Non, il est juste blessé.
- Alors, il sera heureux d’apprendre la nouvelle.
- Laquelle ?
- Nous avons gagné !
 Voilà ! La suite bientôt, si le problème n’est pas réglé…

Grob’ ;)

Marsh Mallow, chapitre 1

Comme promis, voici la première mission du capitaine Marsh Mallow d’Umbar !

Chapitre 1 : Attaque Amicale

Première partie :

Une odeur de sueur, de bière et de décrépitude. Des buveurs assoiffés étalés devant des tables éparpillées. Des joueurs aux allures de brigands. Un tavernier affable mais à l’air rusé. Un homme encapuchonné, dans l’ombre du comptoir. Tel est le spectacle qu’offrait aux visiteurs la taverne du Poney Marrant, dans la petite cité de Carcasar, au Nord d’Umbar, en ce jour pluvieux.
Soudain, la porte s’ouvrit avec fracas, et un héraut s’avança d’un pas de conquérant, suivit de près par un homme joufflu et bedonnant, encadrés par quatre hommes au regard féroce, portant chacun une hallebarde orientale. Le héraut s’installa au milieu de la pièce, et fit part de son message aux clients.
« Oyez, oyez ! La cité est menacée, et votre maire vous ordonne de vous porter volontaires pour la protéger ! Une pièce d’or et trois pièces d’argent sont à vous si vous êtes enrôlés, et vous gagnerez 9 pièces d’argent par jour de combat, et 3 pièces d’argent par jour de repos ! Venez vous présenter devant cette table, et nous vous examinerons. Une simple signature suffira à vous faire gagner le tarif précédemment édicté ! Oyez, oyez !»
A ces mots, le héraut se dirigea vers l’autre homme, qui s’assit à la table, toujours entouré par ses gardes. Un grand brouhaha, des éclats de voix, et un homme s’avança le premier. Il fut questionné et visionné par le héraut, qui lui fit signer un rouleau de parchemin. Et une longue audition commença.
Quelques heures après, et quelques chopes vidées, le dernier homme signa et le gros, qui était en réalité le maire, tenta de se lever. Un murmure s’éleva alors du fond de la pièce, et le maire s’arrêta net.
« Yo ho sur l’eau
Hissons nos bateaux.
Hissez ho, l’âme des carottes
Jamais ne bougeotte. »
L’homme encapuchonné se leva, sauta sur la table, et atterrit devant le nez du maire. Les gardes s’empressèrent de diriger leurs armes vers l’individu, qui jeta sa cape en arrière. Il était vêtu de vêtement de toile et de soie, et arborait fièrement un bandeau violet sur lequel pendait un médaillon de bronze. A sa ceinture d’un jaune perçant, une petite arbalète était accrochée, faisant face à un sabre d’abordage étincelant. L’inconnu fit une révérence, puis se releva.
- Mon cher maire, je souhaite également m’engager dans votre…euh…bande d’amateurs…euh…dans votre armée !
- Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
- Je n’étais pas pressé,… mais maintenant je le suis. J’aimerais donc signer ce vieux détritus qui se trouve dans la main de notre ami commun qui vous serre de crieur, et y apposé mon nom ainsi que celui de mes hommes, au nombre de dix-huit, il me semble.
- Vous êtes donc un mercenaire ?
- Vous m’offensez ! Je suis un malheureux corsaire, ou pirate, cela dépend de mon humeur, qui cherche un travail.
Le maire lança un regard exaspéré à son héraut. Ils avaient déjà renvoyé une dizaine de ces soi-disant navigateurs, qui n’étaient en général que des escrocs et des voleurs. Il siffla doucement :
- Nous n’acceptons pas les brigands.
- Les malheureux ! Mais je ne vois absolument pas en quoi je suis concerné ! Bon, vous me le faîte signer, votre papier ?
- Seriez-vous sourd ? Je vous ordonne de déguerpir sur le champ !
Le pirate sortit son sabre et saisit le chef de la ville.
- Et moi, je vous ordonne de m’engager avec mes hommes !
Les soldats pointèrent leurs piques sur l’agresseur. Celui-ci se retourna, plantant son sabre dans l’estomac de celui de droite, saisissant son arbalète dans la main gauche. Le malheureux s’effondra, alors même qu’un carreau se plantait entre les deux yeux du héraut. Le pirate fit une roulade vers l’arrière, entraînant avec lui le maire, et se redressa. Les trois soldats restant ne bougeaient plus, apeurés. Soudain, l’un d’entre eux se jeta sur l’inconnu en hurlant, mais son cri s’arrêta alors qu’un autre carreau s’était confortablement installé dans sa jugulaire. Le deuxième homme s’élança, son arme levée, mais le pirate para. Un combat féroce s’engagea entre les deux adversaires. Mais l’issue semblait tourner en désavantage pour le corsaire, car le dernier soldat se faufilait, une dague à la main. Tout à coup, une forme velue sortit brusquement de la cape enroulée sur le sol, et le fourbe porta une main à sa gorge. Le sang coulait abondamment, tandis qu’un petit animal se curait les ongles à l’aide d’une petite dague rougie. Le soldat s’effondra, un filet de sang sur les lèvres.
« Bien joué Flac ! », s’exclama le pirate, plantant sa lame dans la cuisse de son adversaire. Celui-ci tomba à la renverse, mais le corsaire ne l’acheva pas. Il se tourna vers le maire, mais celui-ci n’était plus allongé par terre, mais se tenait dans l’embrasure de la porte, un bataillon de miliciens derrière lui.
- Je dois avouer, vous êtes bon combattant, mais je le répète, nous n’acceptons pas les brigands !
- Bon, et bien, c’est dommage !
Le pirate saisit son arbalète, empoignant une des serveuses par la taille.
- Laissez-moi sortir, et il ne lui arrivera rien !
- Jamais !
-Tant pis !
Et il envoya la fille dans les gardes. Ceux-ci baissèrent leurs armes, croyant à une attaque, mais ils ne firent rien d’autre que d’embrocher la serveuse, le pirate ayant sauté par-dessus la troupe, dès que les piques furent baissées. Il sauta sur les épaules d’un milicien, s’agrippa à une poutre, et disparut dans les ombres du toit. Un éclat de rire s’éleva des hauteurs :
- Nous nous reverrons, gros tas !
Le maire s’épongea le front et hurla :
- Jamais !
- Vous aimeriez vous en convaincre !
Et le rire s’éteignit, laissant derrière lui un tableau macabre.

Deuxième partie :

Le soleil se couchait dans la cité de Carcasar. Une silhouette encapuchonnée sortit de l’ombre d’un bâtiment, et se dirigea vers un homme à l’allure louche, jouant avec un petit singe. Ils s’entretinrent un bref moment, puis se séparèrent, leur rencontre n’ayant été surprise que par un moustique somnolant sur le rebord d’une fenêtre.

Le soleil se couchait dans la cité de Carcasar. La forteresse du maire, masse sombre et imposante au milieu des habitations, était en voie d’endormissement. La relève s’effectua, les gardes de jour allant pour se reposer, et les gardes de nuit, aux yeux perçants, s’installant pour leurs rondes quotidiennes.

Le soleil se couchait dans la cité de Carcasar. La chambre du maire allait bientôt être la source d’événements importants pour l’avenir de la ville, mais elle n’était pour l’instant habitée que par les ronflements de l’homme grassouillet le plus important de la ville.

***

Un claquement retentit dans l’ombre de la porte.
- Qui va laargh …
Un bruit sourd de chute, un petit crissement, un petit cliquetis, et la porte s’ouvre sur l’assassin, un petit singe.
Quatre hommes s’introduisirent par l’ouverture, cachant le cadavre à l’abri des regards indiscrets. Ils s’avancèrent prudemment, longeant les murs. Un garde fumait sur les marches d’une porte de service. Le carreau se planta dans l’œil du garde sans autre bruit que le frôlement du vent sur la corde. Celui qui semblait être le chef s’avança, montrant une des tours de la forteresse. L’un de ses hommes, un immense grappin à la main, se mit à le faire tourner violemment. Il le lança soudainement, mais l’instrument rebondit sur le roc, ratant sa cible d’un bond mètre. A ce bruit, les gardes qui gardaient les remparts se retournèrent, et virent les intrus.
- Aux armes ! Intrus dans la cour !
L’un d’entre eux fut transpercé par un couteau de lancer, mais les autres soldats accouraient.
- Chef ! Que fait-on ?
Aucune réponse. Le chef avait disparut, ainsi que le petit singe.
Le porteur du grappin, un géant aux muscles tendus, s’élança alors, faisant tournoyer son arme. L’un des gardes eu la tète arrachée par la violence du coup, un autre eu les côtes enfoncées. L’un des intrus fut tué, une flèche plantée dans la colonne vertébrale, mais les deux autres tenaient bon. Soudain, le grappin fut envoyé dans les gardes, en tuant un sur le coup. Les deux fugitifs se dirigèrent alors vers la porte, mais une ombre sauta sur le géant, qui l’envoya voler. Malheureusement, il atterit sur l’autre fuyard, qui fut rattrapé par le reste des gardes et achevé. Le costaud sortit, claquant la porte, et sa silhouette s’évanouit dans les fourrés.

***

Une aspérité, une autre, encore une autre. L’homme se hisse avec peine, la tour étant particulièrement haute et droite. Il ne regarde pas le combat qui a lieu en bas, dans la cour, mais entend des cris et des chocs, preuve que ses hommes ne sont pas encore morts. Le petit singe le devance, et arrive enfin à une fenêtre, l’objet de leur visite nocturne. L’homme s’agrippe au rebord, et monte sur le rebord. Il n’y a pas de lumière, mais les ronflements qui devraient sonner à ses oreilles n’existent pas. Soudain, un homme surgit de la pièce, et regarde le spectacle qu’offre le combat entre ses gardes et les intrus. Le grimpeur est caché dans une alcôve, l’arme à la main. Le maire rentre alors dans sa chambre, cherche dans une armoire et en sort un arc. Il revient sur le balcon, saisit son arme et une flèche, et vise la cour.
- Vous ne voudriez tout de même pas tuer un de mes hommes, pachyderme ?
Le gros homme se retourne brusquement, mais se retrouve nez-à-nez devant la pointe d’un sabre.
- Vous !
- Oui, moi. Je vous ai dit que je tenais à avoir ce travail, et que moi et mes hommes ferions tout pour l’avoir. Donc je suis là ! Vous avez l’air de bien payer et d’avoir besoin d’hommes solides, vous avez donc besoin de nous.
- Et vos hommes, en bas, vous les laisser mourir ?
- Il y en a au moins un qui s’en sortira, les autres, tant pis !
- Mais vous êtes un monstre !
- Vous aimeriez vous en convaincre, mais pour l’instant, c’est vous le monstre qui refusez d’aider votre cité en engageant de bons soldats pour la défendre.
- Mais…
- Avons-nous un accord ?
- Euh…c’est-à-di…
- Ecoutez, gros tas, ou nous avons un accord, ou je vous pousse et vous vous écrasez dans le vide ! Je réitère ma question : avons-nous un accord ?
- C’est bon, de grâce, j’accepte, mais ne me poussez pas !
L’homme retira son arme. Le maire s’épongea le front et se dirigea vers son secrétaire, duquel il sortit le parchemin moisi et une plume.
- Signez là, et vous serez engagé.
- Merci.
L’intrus saisit la plume et écrivit deux lettres. Il lança le parchemin au maire, attacha une corde au balcon, et s’exclama :
- A bientôt mon cher maire !
- Attendez ! Quel est votre nom ?
- Marsh Mallow !
Et il sauta dans le vide.
- Oui, tu avais raison, nous nous reverrons, Marsh Mallow !

 

 

Gob’ ;)



Auteur: Grobelin

grobelin

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